Économie

Afrique: Du NEPAD à l’AUDA-NEPAD, Mutation et enjeux d’une agence en quête de souveraineté

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Par Nicolas Morin : Rédaction Éco France-AfriqueMÉDIA

Vingt-cinq ans après son adoption à Lusaka, le « Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique » (NEPAD) semble avoir disparu du lexique quotidien des citoyens africains. Pourtant, il ne s’agit pas d’un déclin, mais d’une mue institutionnelle profonde. Le programme, initialement conçu comme une initiative politique portée par quelques chefs d’État visionnaires, s’est transformé pour devenir l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD), le bras opérationnel du continent pour l’Agenda 2063.

Une mue institutionnelle : De la vision à l’exécution

Longtemps critiqué pour son caractère abstrait et son manque de visibilité sur le terrain, le NEPAD a entamé une réforme structurelle majeure en 2018, entérinée par l’Union africaine. L’objectif était clair : passer d’une simple instance de réflexion politique à une agence d’exécution capable de gérer des projets concrets.

Aujourd’hui, l’AUDA-NEPAD ne se contente plus de formuler des recommandations. Elle coordonne, mobilise et accélère. Son champ d’action s’est professionnalisé, se concentrant sur des piliers critiques :

  • Infrastructures (PIDA) : L’agence pilote le Programme pour le développement des infrastructures en Afrique, crucial pour l’intégration régionale et les corridors commerciaux.
  • Souveraineté industrielle et sanitaire : Face aux leçons des crises récentes, l’agence structure désormais des feuilles de route pour la production locale de produits pharmaceutiques et de vaccins.
  • Financement innovant : Pour combler le déficit de financement massif — estimé à 3 300 milliards de dollars — l’agence travaille activement à « dérisquer » les économies africaines pour attirer les investissements privés nationaux et internationaux.

Des résultats palpables, bien que méconnus

Si le NEPAD est resté une « abstraction » pour beaucoup, l’AUDA-NEPAD affiche désormais des succès opérationnels mesurables. La récente certification de l’Agence par l’Union européenne — une première pour une entité de l’UA — a débloqué des dizaines de millions d’euros de financements directs, prouvant que l’institution a gagné en rigueur et en fiabilité administrative.

Le fonds NEPAD-IPPF (Fonds spécial pour la préparation des projets d’infrastructure), qui célèbre cette année deux décennies d’existence, reste le moteur silencieux de la connectivité continentale, finançant les études de faisabilité qui transforment les rêves de routes et de réseaux électriques en réalités bancables.

Le défi de la croissance sans emploi

Malgré cette montée en puissance, l’Agence fait face à un paradoxe continental : une résilience macroéconomique impressionnante (une croissance moyenne de 4 % en 2025) qui ne se traduit pas par une création d’emplois suffisante. Avec 53 millions de jeunes maintenus à l’écart de l’économie productive, l’AUDA-NEPAD se trouve au cœur d’une transition délicate.

L’enjeu pour 2026 et les années à venir est de faire passer l’Afrique de l’exportation de matières premières à une industrialisation à forte valeur ajoutée. C’est ici que l’agence déploie ses nouveaux outils, comme l’Accélérateur de solutions africaines, qui soutient les PME innovantes dans les secteurs de la santé et du climat, cherchant à créer un écosystème où l’entrepreneuriat local devient le moteur de la croissance.

Un bilan en demi-teinte ?

En 2026, l’AUDA-NEPAD n’est plus le NEPAD des années 2000. Elle a troqué son costume de « conseiller diplomatique » pour celui de « chef de projet continental ». Si le grand public ignore encore souvent ce qui se cache derrière ce sigle, les décideurs financiers et institutionnels y voient désormais un partenaire technique indispensable.

Le véritable succès de cette mutation ne se mesurera pas dans les rapports d’audit, mais dans sa capacité à transformer ses architectures financières en emplois réels pour la jeunesse africaine. En ce sens, l’AUDA-NEPAD n’est plus seulement une agence : elle est l’instrument de la souveraineté économique que l’Afrique tente de forger à l’ère de la polycrise mondiale.

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