Politique

Cameroun : Paul Biya, une longue absence qui interroge

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Par Patrick Guitter / Rédaction politique France-AfriqueMÉDIA

À Yaoundé, l’horloge politique semble s’être arrêtée. Le président de la République, Paul Biya, a une nouvelle fois quitté le pays pour un de ces « courts séjours privés » dont il a le secret. Mais alors que les semaines s’égrènent, le silence du palais d’Étoudi nourrit les rumeurs les plus folles et paralyse l’appareil d’État.

Le scénario est connu, presque ritualisé au fil des décennies, mais il n’en finit pas d’inquiéter. Depuis son départ de la capitale camerounaise, le chef de l’État n’a fait aucune apparition publique officielle sur le sol national. Si la destination privilégiée du président – l’hôtel Intercontinental de Genève – est un secret de Polichinelle, les raisons exactes et la durée de ces prolongations demeurent, comme toujours, classées secret d’État.

Le silence assourdissant d’Étoudi

Dans les rues de Yaoundé et de Douala, la question est sur toutes les lèvres : où est le président ? Les communiqués officiels, laconiques, se contentent généralement d’annoncer son départ, laissant ensuite un vide communicationnel que les réseaux sociaux s’empressent de combler.

Les conséquences de ce mutisme sont immédiates :

  • Prolifération des rumeurs : L’état de santé du président, nonagénaire, fait l’objet de spéculations quotidiennes.
  • Inquiétude populaire : Dans un pays confronté à des défis sécuritaires majeurs (crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, menaces de Boko Haram à l’Extrême-Nord) et à une inflation galopante, ce vide crée un sentiment d’abandon.

« Le véritable problème n’est pas qu’un chef d’État prenne du repos ou se fasse soigner à l’étranger. Le problème, c’est l’opacité totale qui entoure ces déplacements dans un système ultra-centralisé où tout dépend de sa signature. » – Un politologue camerounais sous couvert d’anonymat.

L’administration au point mort

L’hyper-présidentialisation du régime camerounais montre ses limites lors de ces périodes de vacance non officielle. La Constitution donne des pouvoirs immenses au président, et la pratique politique a habitué les ministres et hauts fonctionnaires à ne prendre aucune initiative majeure sans l’aval explicite du « Vieux Lion ».

Pendant son absence, les dossiers s’empilent sur les bureaux :

  • Nominations bloquées : Les postes vacants dans la haute administration, l’armée ou la diplomatie restent gelés.
  • Projets d’infrastructures ralentis : Les décaissements importants et les arbitrages financiers majeurs sont mis en attente.
  • Conseils des ministres rarissimes : La coordination gouvernementale en pâtit, chaque ministre gérant son portefeuille en silo.

La guerre de succession en toile de fond

Au-delà de la paralysie administrative, cette longue absence agit comme un catalyseur des luttes intestines au sein du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti au pouvoir.

Le sérail politique est en ébullition. L’absence du chef attise les ambitions des différents clans qui se préparent, plus ou moins discrètement, à l’après-Biya. Des réseaux d’influence se forment, s’observent et s’affrontent par médias interposés. Le flou maintenu par le président sur ses intentions pour la prochaine élection présidentielle ne fait qu’exacerber cette guerre de positionnement.

En fin de compte, ces longues absences interrogent moins sur la santé d’un homme que sur la santé des institutions camerounaises. Elles mettent en lumière la fragilité d’un système bâti autour d’une seule figure, incapable de fonctionner sereinement dès lors que celle-ci s’éloigne du centre du pouvoir. Les Camerounais, eux, restent dans l’attente, spectateurs d’une pièce dont ils ignorent encore le dénouement.

Sujets : Politique
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