Congo-Brazzaville : sous l’œil des députés, le grand oral d’Anatole Collinet Makosso
par Patrick Guitter / Rédaction France-AfriqueMÉDIA
Brazzaville, 22 Juin 2026. Au Siège de l’Assemblée nationale, le passage du Premier ministre Anatole Collinet Makosso devant la représentation nationale pour présenter sa déclaration de politique générale constitue bien plus qu’un exercice constitutionnel obligatoire. C’est le moment charnière où le gouvernement tente de traduire sa vision politique en une feuille de route opérationnelle, dans un contexte national marqué par une quête permanente d’équilibre entre impératifs sociaux et rigueur budgétaire.
Que retenir de cette prestation et des axes directeurs qui structurent l’action gouvernementale sous l’impulsion de Collinet Makosso ? Analyse d’un programme qui se veut le socle de la transformation du Congo.
1. Le pivot économique : rompre avec la dépendance pétrolière
Le cœur battant du programme gouvernemental demeure, année après année, la diversification de l’économie congolaise. Le Premier ministre réitère systématiquement la nécessité de sortir le pays du « tout-pétrole », une dépendance qui expose le budget de l’État à la volatilité des cours mondiaux du brut.
- L’agriculture comme moteur : Le gouvernement mise sur la souveraineté alimentaire. L’ambition affichée est de transformer le secteur agricole, passant d’une agriculture de subsistance à une agriculture mécanisée et industrielle pour réduire drastiquement la facture des importations alimentaires.
- La promotion du secteur privé : Anatole Collinet Makosso insiste sur la création d’un climat des affaires plus attractif. L’objectif est de libérer l’initiative privée, de soutenir les PME et de capter davantage d’investissements directs étrangers (IDE) hors du secteur des hydrocarbures, notamment dans le tourisme, l’économie numérique et l’agro-industrie.
2. La dimension sociale : répondre à l’urgence de la jeunesse
Conscient que la stabilité politique est intimement liée au bien-être social, le programme met l’accent sur les secteurs vitaux pour la population congolaise.
- L’emploi des jeunes : C’est le défi majeur. Le gouvernement propose des mécanismes de formation professionnelle corrélés aux besoins réels du marché du travail. L’enjeu est de transformer le dividende démographique en atout économique plutôt qu’en source de frustration sociale.
- Santé et éducation : Le programme souligne la réhabilitation des infrastructures de santé de proximité et la modernisation du système éducatif. L’idée est de passer d’un système qui diplôme à un système qui insère, en privilégiant les filières techniques et scientifiques.

3. La gouvernance et l’éthique publique
Le Premier ministre place la « gouvernance vertueuse » au centre de ses priorités. Ce volet est crucial pour rassurer les partenaires techniques et financiers, notamment le Fonds monétaire international (FMI), avec qui le Congo a conclu plusieurs programmes de réformes.
- Transparence et lutte contre la corruption : Le gouvernement promet un renforcement des dispositifs de contrôle de la dépense publique et une digitalisation des services administratifs (l’e-gouvernement) pour limiter les circuits opaques et réduire les délais de traitement des dossiers.
- Réforme de l’administration : L’objectif est de rendre l’État plus efficace, moins bureaucratique et plus proche des citoyens, en insistant sur la culture du résultat chez les agents publics.
Les défis : entre promesses et réalité du terrain
Si le discours du Premier ministre est marqué par une volonté de rupture avec les anciennes pratiques, l’exercice devant l’Assemblée met aussi en lumière la complexité de sa tâche. Plusieurs obstacles persistants restent au centre des préoccupations :
- La pression de la dette publique : Malgré les efforts de restructuration, la marge de manœuvre budgétaire reste étroite. Le gouvernement doit jongler entre le remboursement de la dette et la nécessité de financer les projets d’investissement.
- La vie chère : La lutte contre l’inflation et la gestion du coût des produits de première nécessité demeurent les attentes les plus pressantes des Congolais. Le programme gouvernemental est souvent jugé à l’aune de sa capacité à stabiliser le panier de la ménagère.
- L’efficacité de la mise en œuvre : Le risque principal, maintes fois souligné par les observateurs et l’opposition, n’est pas l’ambition des projets présentés, mais leur exécution effective sur le terrain. Le Premier ministre se trouve ainsi dans une course contre la montre pour transformer ces engagements politiques en réalisations tangibles avant la fin du mandat présidentiel.
En résumé
Le passage d’Anatole Collinet Makosso devant l’Assemblée est un plaidoyer pour une transformation structurelle du Congo. Il dessine un pays qui veut s’appuyer sur ses ressources naturelles pour bâtir une économie diversifiée, tout en tentant de moderniser son administration et de répondre à l’urgence sociale.
Pour les députés et par extension pour les citoyens, le « ce qu’il faut retenir » n’est pas seulement le catalogue des bonnes intentions, mais la capacité réelle de l’exécutif à maintenir le cap des réformes dans un environnement économique mondial incertain. La réussite de ce programme ne sera pas mesurée à la éloquence du discours, mais à l’amélioration concrète du quotidien des Congolais.