Politique

Course à l’ONU :L’impasse diplomatique de Macky Sall et les voies de sortie après un double désaveu

L'ambition de l'ancien président sénégalais de succéder à António Guterres se heurte avec brutalité à la realpolitik internationale. En cette fin d'année 2026, la campagne onusienne de Macky Sall semble avoir heurté un mur de verre diplomatique, soulevant une question centrale pour l'avenir de son leadership : comment se réinventer sur la scène internationale après deux camouflets successifs ?

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Par la rédaction de France-AfriqueMÉDIA

L’examen des rapports de force au cœur des institutions mondiales met fréquemment en lumière les faiblesses des candidatures individuelles qui ne s’appuient pas sur un consensus continental unifié. Pour l’ancien chef d’État, l’aventure new-yorkaise a viré au chemin de croix institutionnel, un parcours semé d’obstacles rédhibitoires qui oblige aujourd’hui à repenser sa stratégie géopolitique.

La mécanique d’un double revers

Le premier coup d’arrêt a retenti sur le continent africain lui-même. En mars 2026, l’Union africaine a acté le rejet de sa candidature, fracturant l’image d’un leader capable de rassembler ses pairs et le privant du bouclier diplomatique de l’organisation panafricaine. D’abord boudé par la nouvelle administration de son propre pays, il a dû s’en remettre au parrainage officiel du Burundi pour officialiser sa démarche le 2 mars 2026 auprès des instances internationales. Sur le plan de la communication et du lobbying, ce déficit de soutien national et continental initial constituait déjà une anomalie majeure.

Le second revers, tombé en septembre 2026, a pris la forme d’une sanction arithmétique implacable. Lors du troisième vote informel (« straw poll ») du Conseil de sécurité de l’ONU, Macky Sall a lourdement décroché du groupe de tête. S’il est parvenu à maintenir cinq voix d’encouragement, il a surtout essuyé neuf votes défavorables. Il s’agit du bilan de rejet le plus élevé parmi les candidats ayant franchi le seuil des cinq soutiens, un camouflet qui rend inopérant le soutien tardif finalement affiché par Dakar lors de ce tour de scrutin.

À ces difficultés mathématiques s’ajoutent deux freins structurels écrasants. D’une part, la règle non écrite de la rotation géographique, qui destine de facto le secrétariat général à l’Amérique latine et aux Caraïbes, avec des figures solidement implantées comme la Costaricaine Rebeca Grynspan ou l’Argentin Rafael Grossi. D’autre part, le lobbying offensif d’organisations de la société civile, à l’image d’UN Watch, qui ont publiquement épinglé le bilan de son mandat présidentiel en matière de droits humains lors de l’été.

Que reste-t-il à faire ? Les trois options sur la table

Face à l’improbabilité mathématique et politique d’une élection, l’enjeu primordial pour Macky Sall n’est plus la victoire, mais la préservation de son capital politique. Trois scénarios se dessinent pour la suite de son action :

1. Le retrait stratégique et élégant

C’est la voie de la lucidité diplomatique. L’ancien président pourrait, en prenant acte des dynamiques actuelles du Conseil de sécurité et en invoquant la nécessité de préserver l’unité de l’institution onusienne, annoncer le retrait de sa candidature. Ce, avant l’humiliation d’un veto formel par l’un des cinq membres permanents. Une telle sortie lui permettrait de saluer le principe de rotation géographique, se posant ainsi en grand défenseur du droit international. Cela sauvegarderait son image d’homme d’État capable de placer l’intérêt multilatéral au-dessus de son agenda personnel.

2. Le redéploiement vers des mandats de médiation

L’échec à la fonction suprême de l’ONU ne disqualifie pas nécessairement l’homme pour d’autres missions de haut niveau. Son expérience à la tête de l’Union africaine et son carnet d’adresses demeurent des atouts. Il pourrait se repositionner sur des rôles d’envoyé spécial (pour l’ONU, l’UA ou la Francophonie) dédiés à des crises régionales complexes, ou prendre la tête d’initiatives mondiales liées au financement du développement et à l’adaptation climatique. Ces dernières sont des tribunes où il a souvent su porter avec justesse la voix du Sud global.

3. Le maintien (risqué) dans l’attente d’un blocage

La diplomatie onusienne est parfois faite de rebondissements. Ses conseillers pourraient être tentés de maintenir le cap en pariant sur un hypothétique veto croisé des puissances majeures (États-Unis, Russie, Chine) qui viendrait paralyser les candidatures latino-américaines. L’espoir serait de ressurgir, lors d’un enlisement institutionnel, comme un candidat de compromis de dernière minute. Toutefois, avec neuf votes défavorables déjà enregistrés au sein du Conseil, ce pari s’apparente à un mirage politique qui risque surtout d’éroder irrévocablement sa crédibilité internationale.

En s’entêtant dans une bataille dont l’issue semble scellée, un dirigeant prend le risque d’effacer les succès de ses mandats passés. L’Afrique a un besoin crucial de voix influentes capables de naviguer entre le monde économique, les bailleurs de fonds et les gouvernements pour promouvoir une gouvernance solide. En acceptant cette nouvelle donne diplomatique, Macky Sall pourrait paradoxalement retrouver une influence plus concrète et ciblée, libérée des contraintes et des compromissions inhérentes au secrétariat général des Nations Unies.

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