Économie

FOCUS AFRIQUE

· 5 min de lecture

Par la Rédaction de France-AfriqueMÉDIA

Regard sur la SENELEC : Pilier de la souveraineté énergétique et moteur de la croissance sénégalaise.

Acteur incontournable du développement économique du Sénégal, la Société nationale d’électricité (SENELEC) traverse une ère de mutation profonde. Entre impératifs de souveraineté énergétique, transition vers les énergies renouvelables et quête de l’accès universel, le fleuron national redéfinit son modèle pour soutenir l’ambition d’un Sénégal émergent.

Une odyssée historique au service de la nation

L’histoire de la SENELEC est intimement liée à celle de l’indépendance et du développement industriel du Sénégal. Née en 1983 de la fusion entre l’Électricité du Sénégal (EDS) et les anciennes structures coloniales, la société a longtemps porté le poids d’un monopole public complexe, marqué par des décennies de déficit chronique. Cependant, depuis le tournant des années 2010, l’entreprise a entamé une mue spectaculaire, passant d’un système fragile, dépendant du fioul lourd, à un opérateur moderne cherchant à diversifier son bouquet énergétique.



Missions et vision stratégique

La mission de la SENELEC est triple : produire, transporter et distribuer l’énergie électrique sur l’ensemble du territoire national. Au-delà de ces fonctions techniques, elle est le garant de la sécurité énergétique du pays.

Sous la direction actuelle, conduite par Papa Toby Gaye, depuis le 5 juin 2024, la stratégie repose sur un triptyque clair :

  1. L’excellence opérationnelle : Réduction des pertes techniques et commerciales, digitalisation du service client (via les plateformes Woyofal et les applications mobiles) et amélioration de la qualité de la fourniture.
  2. La souveraineté énergétique : Réduire la dépendance aux importations de combustibles fossiles en misant sur le gaz naturel et le développement massif des énergies renouvelables.
  3. L’accessibilité universelle : L’objectif affiché est d’atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, un défi titanesque qui impose d’étendre le réseau vers les zones rurales les plus enclavées.

Papa Toby Gaye – Directeur général

Performance et chiffres clés : La dynamique du changement

La transformation de la SENELEC se lit dans ses indicateurs de performance. Au cours de la dernière décennie, la capacité de production installée a quasiment doublé, portée par l’entrée en service de centrales à cycle combiné et de parcs solaires et éoliens d’envergure.

  • Taux d’accès à l’électricité : Une progression constante, dépassant aujourd’hui la barre des 80% au niveau national, avec un accent particulier mis sur la réduction de la fracture urbain-rural.
  • Mix énergétique : La part des énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique) dans le mix de production a connu une hausse significative, alignant le Sénégal sur les standards internationaux de décarbonation.
  • Interconnexion régionale : La SENELEC joue un rôle pivot au sein de l’OMVS (Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal) et de l’OMVG, permettant des échanges d’énergie fluides avec les pays voisins, un levier crucial pour la stabilité du réseau ouest-africain.

Projets phares et chantiers en cours

Pour maintenir sa trajectoire de croissance, la SENELEC mise sur des projets structurants :

  • Le virage du Gaz-to-Power : L’intégration du gaz issu des gisements nationaux (Grand Tortue Ahmeyim et Yakaar-Teranga) représente le « game changer » stratégique pour réduire drastiquement le coût du kilowatt-heure.
  • Modernisation du réseau : Le renforcement des lignes de transport haute tension (HT) pour évacuer l’énergie des pôles de production vers les zones industrielles et les centres urbains.
  • Accélération du solaire : Multiplication des centrales solaires photovoltaïques dans les régions de l’intérieur, permettant une production décentralisée au plus proche de la consommation.

. Les enjeux de gouvernance et de durabilité financière

La viabilité de cette transition repose sur la santé financière de l’opérateur national.

  • Équilibre budgétaire et tarification : La SENELEC doit trouver le point d’équilibre entre la nécessité de couvrir ses coûts d’exploitation (pour maintenir ses investissements) et la protection du pouvoir d’achat des populations, notamment les plus vulnérables via des politiques de tarifs sociaux.
  • Partenariats Public-Privé (PPP) : Le recours aux IPP (Independent Power Producers) est un levier majeur pour mobiliser des capitaux privés et partager les risques technologiques. La maîtrise de ces contrats est cruciale pour éviter des déséquilibres budgétaires à long terme pour l’État.
  • Décentralisation et électrification rurale : La SENELEC joue un rôle d’acteur social en s’inscrivant dans la stratégie d’accès universel à l’électricité, utilisant des solutions de réseaux autonomes (mini-grids) pour atteindre les zones les plus isolées du territoire.

Une coopération internationale active

La SENELEC ne bâtit pas ce futur seule. Elle s’appuie sur un réseau de partenaires financiers et techniques solide, incluant la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement (BAD) et l’Agence Française de Développement (AFD). Ces institutions accompagnent la société dans ses réformes structurelles et ses grands travaux d’infrastructure, tout en veillant aux standards de gouvernance et de durabilité environnementale.

Perspectives et défis : L’horizon 2030

Si les performances sont au rendez-vous, les défis restent de taille. La SENELEC doit impérativement :

  • Maîtriser les coûts de production : Le passage vers un mix énergétique moins coûteux est une priorité absolue pour améliorer la compétitivité de l’industrie sénégalaise.
  • Renforcer la résilience climatique : Le réseau doit faire face aux aléas climatiques (pluies torrentielles, tempêtes) qui impactent de plus en plus fréquemment les infrastructures.
  • Digitalisation accrue : L’usage de l’intelligence artificielle pour la gestion intelligente du réseau (Smart Grids) est la prochaine frontière pour optimiser la demande et la distribution en temps réel.

Que retenir

La SENELEC n’est plus seulement une entreprise de service public ; elle est devenue un véritable moteur de l’économie nationale. En réussissant son pari de la transition énergétique, elle ne se contente pas d’éclairer le Sénégal : elle lui donne l’énergie nécessaire pour propulser ses ambitions industrielles sur l’échiquier mondial.

Sujets : Économie
Partager