Guinée: Où se trouve Aliou Bah ? Le mystère s’épaissit autour de la figure de l’opposition guinéenne.
Conakry, Guinée – Depuis la nuit du 5 au 6 octobre 2026, l'opposant politique guinéen Aliou Bah, président du parti Mouvement démocratique libéral (MoDeL), est introuvable. Il venait tout juste de bénéficier d'une grâce présidentielle conditionnelle à l'occasion du 68ᵉ anniversaire de l'indépendance de la Guinée. Il venait tout juste de bénéficier d'une grâce présidentielle conditionnelle à l'occasion du 68ᵉ anniversaire de l'indépendance de la Guinée. Tout juste de bénéficier d'une grâce présidentielle conditionnelle à l'occasion du 68ᵉ anniversaire de l'indépendance de la Guinée, son transfert inopiné depuis la prison civile de Coyah vers une destination inconnue soulève de graves inquiétudes. Celles-ci concernent son sort et ses conditions de détention.

Par Nicolas Morin / France-AfriqueMÉDIA
Extrait de sa cellule lors de la nuit, Aliou Bah n’a, depuis lors, donné aucun signe de vie. Ses proches, sa famille, ainsi que ses conseillers juridiques – parmi lesquels figure Maître Houleymatou Bah, qui avait vigoureusement dénoncé lors de son procès une atteinte à la liberté d’opinion et un procès politique – sont totalement sans nouvelles. Mamadou Kenda Sow, le secrétaire général du MoDeL, a formellement confirmé cette situation alarmante le 7 octobre : « Nous confirmons qu’il n’est plus à la prison centrale de Coyah. […] Mais nous ignorons sa nouvelle destination. « Pour le moment, nous sommes dans l’attente d’informations permettant de savoir où il se trouve exactement. » Le parti politique a fermement exigé des éclaircissements immédiats de la part des autorités de la transition. Il a ainsi cherché à la fois à localiser le responsable politique et à s’assurer de son intégrité physique et morale, tout en réclamant que ses avocats puissent entrer en contact avec lui sans le moindre délai.
Dans les rangs de l’opposition et de la société civile, l’angoisse grandit face au silence des autorités. Sur les réseaux sociaux, plusieurs voix s’élèvent pour rappeler le précédent extrêmement inquiétant de la prison de Coyah. Un lieu associé à des tragédies où d’autres détenus de premier plan, à l’instar de Toumba Diakité et de Claude Pivi, ont perdu la vie dans des circonstances mystérieuses. La peur d’un drame similaire pousse les partisans d’Aliou Bah à maintenir une pression constante, se mobilisant autour d’un seul et unique mot d’ordre pour réclamer justice : « Libérez Aliou Bah, il est innocent ! »
Une grâce présidentielle conditionnelle, qui semble être un calcul politique, suscite des interrogations.
L’évolution vertigineuse de la situation d’Aliou Bah, âgé de 41 ans et considéré par certains observateurs comme l’étoile montante de l’opposition guinéenne, est d’autant plus troublante. En effet, il figurait parmi les 217 condamnés ayant bénéficié d’un décret de grâce signé par le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, le 2 octobre 2026. Cependant, il est crucial de noter que cette grâce présidentielle n’est en aucun cas synonyme de liberté immédiate, ni d’amnistie. Elle est au contraire assortie d’une exigence stricte et contraignante : l’accomplissement d’un « stage d’encadrement civique » et de préparation à la réinsertion, d’une durée de 45 jours, à effectuer au sein d’un camp militaire.
Pour plusieurs observateurs, les raisons de son transfert nocturne soudain pourraient directement être liées à l’exécution de cette exigence administrative singulière. Toutefois, l’opacité totale entourant l’opération ne fait qu’alimenter la polémique et la méfiance. Les détracteurs du régime militaire au pouvoir y voient un calcul éminemment politique. En effet, Aliou Bah purgeait depuis décembre 2024 une peine de deux ans de prison ferme à la suite d’une condamnation pour « offense et diffamation » à l’encontre du chef de l’État. Au moment même de l’annonce tonitruante du décret présidentiel, il ne restait à l’opposant qu’environ deux mois de détention à accomplir pour purger l’intégralité de sa peine.
Le contrôle du récit par une autorité sans partage
Pour les soutiens inébranlables de ce leader politique, diplômé en finance et en sciences politiques et remarqué sur la scène internationale lors du sommet Afrique-France de Montpellier en 2021, la grâce présidentielle accordée par le général Doumbouya relève beaucoup plus de la mise en scène d’un pardon magnanime et d’une opération de récupération politique que d’un véritable acte de justice. En lui imposant des conditions militaires plutôt que de le laisser sortir de prison après avoir purgé l’entièreté de sa condamnation, le pouvoir confisquerait ainsi à Aliou Bah l’image politiquement puissante et symbolique de l’opposant résistant. Celui-ci est capable d’affronter l’épreuve de l’incarcération jusqu’à son terme sans céder. De plus, contrairement à une loi d’amnistie qui effacerait purement et simplement le casier judiciaire et rétablirait l’individu dans la plénitude de ses droits civiques, cette grâce laisse intacte la trace de la décision judiciaire. Aux yeux de la justice guinéenne, l’opposant reste formellement un condamné, poursuivi pour sa faute initiale, ce qui pourrait, à terme, l’éloigner irrévocablement de la course lors d’éventuelles futures échéances électorales et anéantir ses ambitions.
Dans un contexte national guinéen où le régime du général Doumbouya a instauré une chape de plomb, caractérisée par l’interdiction systématique des manifestations, la dissolution de plusieurs grands partis politiques, et l’arrestation, l’exil ou la disparition forcée de nombreuses voix critiques et dissidentes, le cas d’Aliou Bah cristallise aujourd’hui toutes les tensions et les peurs d’une dérive autoritaire. Alors que l’opinion publique nationale retient son souffle, une seule question demeure en suspens, sans la moindre réponse officielle à l’heure actuelle : où est passé Aliou Bah ?