Économie

Le paradoxe de l’or noir : pourquoi le Gabon et le Congo manquent-ils de carburant ?

C’est une image devenue cependant banale dans les rues de Libreville, Pointe-Noire ou Brazzaville : des files interminables d'automobilistes devant des stations-service à sec. Comment des pays producteurs de pétrole, acteurs majeurs du golfe de Guinée, peuvent-ils se retrouver paralysés par des pénuries de carburant à répétition ? Plongée au cœur d'une absurdité économique où l'incapacité de raffinage et la fragilité logistique asphyxient les économies d'Afrique centrale.

· 3 min de lecture

Par Samantha Diallo / France-AfriqueMÉDIA

La racine du mal est avant tout structurelle. Le Gabon et le Congo-Brazzaville extraient chaque jour des centaines de milliers de barils de pétrole brut, mais ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour transformer cet or noir en volumes de carburant (essence, gasoil, kérosène) suffisants pour leur propre consommation intérieure. Résultat direct : ces États vendent leur brut sur les marchés internationaux et se retrouvent obligés de racheter, à prix d’or, les produits finis.

Cette dépendance aux importations expose frontalement les marchés locaux à la volatilité logistique mondiale. Une grève, un retard de navire ou une tension sur le marché mondial du diesel suffisent à assécher les pompes en quelques jours.

Le Gabon et l’agonie de la SOGARA

Fin septembre et début octobre 2026, la région du Grand Libreville a de nouveau subi de plein fouet le spectre de la pénurie, provoquant la colère des usagers. Au cœur du problème gabonais se trouve la Société gabonaise de raffinage (SOGARA). Outil industriel vieillissant, la raffinerie basée à Port-Gentil voit ses activités chuter (avec une baisse de plus de 15 % de ses activités de raffinage relevée récemment). Elle s’avère incapable de couvrir les besoins sans cesse croissants de la demande nationale.

À cette faiblesse du raffinage s’ajoute un manque de capacités de stockage de sécurité. Le Gabon fonctionne en flux tendu : sans réserves tampons suffisantes, le moindre retard dans l’accostage d’un bateau livreur se traduit instantanément par des ruptures de stock dans les stations du pays.

Congo-Brazzaville : la CORAF face au mur

Le scénario se répète de l’autre côté de la frontière. Au Congo, la Congolaise de Raffinage (CORAF), chargée d’approvisionner le marché intérieur, fait face aux mêmes limites. Avec un outil industriel qui peine à tourner à plein régime, la raffinerie ne parvient à satisfaire qu’une fraction des besoins nationaux, forçant l’État à importer massivement, parfois plus de 60 % du carburant consommé.

Ce déficit est souvent aggravé par la géographie et des infrastructures de distribution sous-dimensionnées pour acheminer de manière fluide le carburant depuis la façade atlantique vers Brazzaville et l’hinterland. Les tensions de trésorerie de l’État et le système complexe de gestion des subventions viennent régulièrement ralentir le paiement des traders internationaux, retardant d’autant plus les livraisons maritimes vitales.

Quelles solutions pour sortir de l’impasse ?

Pour sortir de cette dépendance chronique, les importations d’urgence ne peuvent agir que comme de simples pansements. Les analystes économiques et les acteurs politiques pointent trois chantiers prioritaires pour ces nations pétrolières :

  • Moderniser les raffineries nationales : il est devenu impératif de restructurer et de recapitaliser la SOGARA et la CORAF afin de rehausser leurs rendements et de limiter la dépendance aux raffineries étrangères. Facebook
  • Construire des stocks de sécurité : L’aménagement de nouveaux dépôts stratégiques permettrait d’absorber les chocs d’approvisionnement et d’encaisser plusieurs semaines de retard de livraison navale. « LE GABON ÉNERVANT » OU « ANNOYING GABON »
  • Anticiper les commandes et assainir la chaîne : Dans un marché mondial sous tension, la gouvernance de la chaîne de distribution doit être optimisée pour éviter les commandes passées à la dernière minute lorsque les cuves sont déjà vides.

Tant que ces pays continueront d’exporter la matière première pour importer le produit fini sans développer leur souveraineté énergétique locale, leurs citoyens resteront à la merci du moindre grain de sable dans la chaîne logistique mondiale.

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