Politique

Mauritanie : le président Ghazouani cédera-t-il au syndrome du troisième mandat ?

Nouakchott — À peine entamé, le second mandat de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est déjà parasité par un débat que l'on croyait tranché en Mauritanie : celui de la révision constitutionnelle pour un troisième mandat. Alors que la loi fondamentale verrouille strictement l'alternance au sommet de l'État, des appels répétés au sein de la majorité présidentielle sèment le trouble et crispent une opposition d'ores et déjà sur le pied de guerre.

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Par la rédaction de France-AfriqueMÉDIA

En Afrique de l’Ouest et centrale, la modification des constitutions pour prolonger les baux présidentiels est un scénario politique bien connu. La Mauritanie, qui a su jusqu’ici préserver son alternance, semble aujourd’hui rattrapée par ce débat. Réélu en juin 2024 avec 56,1 % des voix, le président Ghazouani voit aujourd’hui ses partisans agiter le spectre d’une prolongation de son bail au-delà de 2029.

Le verrou constitutionnel et le poids du serment

Sur le papier, la loi mauritanienne est pourtant l’une des plus strictes de la sous-région sur cette question. La limitation à deux mandats présidentiels consécutifs repose sur des « clauses d’éternité » (articles 26 et 28 de la Constitution).

L’engagement n’est pas que juridique, il est aussi spirituel. Lors de son investiture, le président a prêté serment sur le Coran, jurant solennellement de s’abstenir de toute initiative, directe ou indirecte, visant à réviser la durée ou le renouvellement du mandat présidentiel. Le Conseil constitutionnel avait d’ailleurs pris soin, lors de cette même cérémonie, de mettre en garde contre toute tentative prématurée de relancer une campagne électorale axée sur le contournement de la loi fondamentale.

Le flou présidentiel et la pression de la majorité

Malgré ces verrous, la machine politique de la majorité s’est mise en mouvement. Lors de récents meetings à l’intérieur du pays, des cadres et élus du parti au pouvoir (INSAF) ont multiplié les appels à faire sauter la limitation des mandats. Pour de nombreux observateurs locaux, ces tournées régionales s’apparentent à un référendum populaire déguisé.

Ce qui alimente la controverse, c’est l’ambiguïté entretenue par le sommet de l’État. Si le président Ghazouani a publiquement exclu toute démarche contraire à la Constitution, il a parfois nuancé son propos en y adjoignant une mention subtile mais lourde de sens : le respect de la « volonté du peuple mauritanien ». Pour l’opposition, ce silence face aux cadres de son parti résonne comme un consentement tacite. Une stratégie de l’ambiguïté qui, pour les analystes politiques, rappelle les schémas ayant précédé d’autres révisions constitutionnelles sur le continent.

Une ligne rouge pour l’opposition et un risque diplomatique

Face à ces ballons d’essai, la riposte politique s’organise. Des coalitions comme les « Forces du salut » ont catégoriquement rejeté toute tentative de prolongation, appelant au strict respect de la Constitution. Ce climat de suspicion pèse lourdement sur la scène politique interne : la perspective d’un grand dialogue national inclusif, voulu par le pouvoir, se trouve d’ores et déjà fragilisée par cette ligne de fracture.

Au-delà des frontières mauritaniennes, l’enjeu est diplomatique. Le président Ghazouani a occupé la présidence de l’Union africaine jusqu’en 2025 et a positionné son pays comme un pôle de stabilité dans un Sahel politiquement tumultueux. Une crise liée à un troisième mandat pourrait entacher ce crédit international et refroidir les partenaires extérieurs de Nouakchott, alors que le pays cherche à rassurer pour attirer des investissements, notamment dans le secteur stratégique des hydrocarbures.

À trois ans de la fin de son mandat, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani se trouve à la croisée des chemins. Cédera-t-il aux sirènes de son camp, au risque de plonger la Mauritanie dans une crise institutionnelle, ou fera-t-il taire irrévocablement ses partisans pour entrer dans l’Histoire comme le garant de la jeune démocratie mauritanienne ? Le positionnement définitif du chef de l’État sera, sans aucun doute, le marqueur central des prochaines années.

Sujets : Politique
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