Économie

Niger : où en est l’affaire de l’uranium « volé » à Orano ?

Un an après la nationalisation de la Somaïr et la saisie de plus d'un millier de tonnes d'uranium appartenant au géant français Orano, le bras de fer entre Niamey et Paris s'est transformé en un véritable thriller géopolitique. Entre enquêtes judiciaires en France, arbitrage international et rapprochement assumé du Niger avec la Russie, l'uranium de l'Aïr est devenu le symbole d'une rupture consommée.

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Par la rédaction de France-AfriqueMÉDIA

Le point de non-retour a été franchi en juin 2025, lorsque la junte nigérienne a décidé de nationaliser la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), historique filiale d’Orano au Niger. Dans la foulée, un stock stratégique d’environ 1 300 à 1 600 tonnes de concentré d’uranium a été bloqué sur place, puis progressivement déplacé par les autorités militaires. La valeur de cette marchandise est estimée à près de 250 millions d’euros, portant le préjudice global pour le groupe français à environ 310 millions de dollars.

Face à ce qu’elle considère comme une expropriation illégale, la France a répliqué sur le terrain judiciaire. En décembre 2025, le parquet de Paris a confié à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) une enquête ouverte pour « vol en bande organisée » au profit d’une puissance étrangère.

La piste russe et le mépris de l’arbitrage international

Où est donc passé cet uranium ? Malgré une décision du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) interdisant à Niamey de vendre ou de transférer ce stock, la junte a passé outre. Dès l’hiver 2025, Orano dénonçait la disparition d’un millier de tonnes de ses anciens sites, sans qu’un acheteur ne soit officiellement identifié. Les chancelleries occidentales se sont rapidement inquiétées de la destination finale de ce minerai, redoutant des tractations secrètes avec l’Iran ou la Russie, dans un contexte de très vives tensions mondiales autour des programmes nucléaires.

Aujourd’hui, à l’automne 2026, la diplomatie nigérienne ne dissimule plus ses intentions. Le ministre nigérien des Mines, Abarchi Ousmane, a récemment martelé que son pays était souverain pour vendre ses ressources « à qui il voulait », tout en confirmant que Niamey discutait activement avec des interlocuteurs russes. Le narratif est tranché : après avoir dénoncé une « injustice historique » à la tribune de l’ONU, accusant la France d’avoir éclairé ses villes tout en laissant le Niger dans l’obscurité, le pouvoir militaire assume totalement un transfert géopolitique de ses ressources.

La fin d’une ère stratégique

L’affaire de l’uranium nigérien dépasse désormais largement le cadre commercial pour s’inscrire dans la vaste recomposition géopolitique du Sahel. Alors que le Niger a récemment signé de nouveaux accords pour relancer l’exploitation de l’uranium dans le nord du pays, cet épisode marque la fin d’un pilier historique de l’indépendance énergétique française et de sa relation avec la région. L’uranium qualifié de « volé » par Paris est devenu la monnaie d’échange d’une nouvelle ère d’alliances pour Niamey, laissant la France face à la réalité d’un accès irrévocablement fermé aux richesses minérales de l’Aïr.

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