Fatima Ezzahra El Mansouri : la consécration historique d’une pionnière de la politique marocaine

Par la Rédaction de France-AfriqueMÉDIA
Le 29 septembre 2026 restera gravé dans les annales politiques du royaume chérifien comme le jour où le plafond de verre a volé en éclats au sommet de l’État. En nommant Fatima Ezzahra El Mansouri au poste de cheffe du gouvernement, le roi Mohammed VI a acté une rupture historique : pour la première fois de l’histoire du Maroc, une femme se voit confier les rênes de l’exécutif. Cette nomination, intervenue au lendemain d’élections législatives âprement disputées le 23 septembre 2026, couronne le parcours méthodique, pugnace et profondément ancré dans le droit et le terrain de la figure de proue du Parti Authenticité et Modernité (PAM).
Les Racines et le Droit : l’héritage d’une fille de Marrakech
Née le 3 janvier 1976 dans la ville ocre, Fatima Ezzahra El Mansouri est l’héritière d’une lignée où le droit et le commerce s’entrelacent. Petite-fille de Haj Mohamed Midra, un influent commerçant marrakchi aux racines de Demnate, elle est surtout profondément influencée par son père, Abderrahman Mansouri, avocat de profession. C’est dans ce milieu intellectuel exigeant qu’elle forge un tempérament analytique et structuré.
Après un cursus initial brillant dans les écoles de la mission française à Marrakech, elle se tourne vers la jurisprudence. Son parcours académique la mène d’abord à l’université Mohammed V de Rabat pour une licence en droit privé, puis en France, à l’université de Montpellier, où elle décroche un DEA en droit des contrats d’affaires. De retour au Maroc, elle fait ses premières armes professionnelles au sein du prestigieux cabinet Naciri à Casablanca, avant d’affirmer son indépendance en fondant, dès 2005 à Marrakech, son propre cabinet d’avocats spécialisé dans les transactions immobilières et commerciales. Cette expertise juridique pointue, axée sur le foncier, constituera plus tard le socle de sa maîtrise des dossiers urbains et politiques.

La Dame de Marrakech : l’ascension d’une édile
L’entrée en politique de Fatima Ezzahra El Mansouri s’effectue sous le signe du pragmatisme et de l’innovation. Impliquée dès 2007 dans le Mouvement de tous les démocrates, elle participe activement à la création du Parti Authenticité et Modernité (PAM) en 2008. Mais, c’est en juin 2009 qu’elle fait une entrée fracassante sur la scène publique nationale : à seulement 33 ans, elle arrache la mairie de Marrakech à Omar El Jazouli. Elle devient ainsi la première femme maire de la capitale touristique du Royaume, et la deuxième femme de l’histoire marocaine à présider le conseil municipal d’une métropole, après Asmaa Chaâbi à Essaouira.
Son premier mandat (2009-2015) est marqué par une volonté farouche d’assainir la gestion urbaine et de rationaliser les deniers publics. Si elle quitte la mairie en 2015, elle conserve un fort ancrage local comme conseillère municipale et députée de la circonscription Médina-Sidi Youssef Ben Ali, où elle est élue en 2011, puis réélue en 2016 et 2021. En septembre 2021, elle triomphe à nouveau et reprend les clés de la mairie de Marrakech, où elle orchestre un ambitieux programme d’action communal évalué à 15 milliards de dirhams, axé sur la modernisation des infrastructures et la collaboration interinstitutionnelle.

Du terrain au gouvernement : l’envergure nationale
La première grande consécration gouvernementale survient le 7 octobre 2021. Le roi Mohammed VI le nomme ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville au sein du cabinet dirigé par Aziz Akhannouch. À ce poste stratégique, elle déploie ses compétences d’avocate spécialiste de l’immobilier, impulsant des réformes urgentes pour la planification urbaine, la lutte contre l’habitat insalubre et le logement social.
Parallèlement à son action ministérielle, son influence au sein de son parti ne cesse de croître. Présidente du Conseil national du PAM de 2015 à 2024, elle s’impose comme une stratège incontournable. En février 2024, lors du 5ᵉ congrès national du PAM, son ascension franchit un nouveau palier : elle est élue au sein d’une direction collégiale inédite et tricéphale (aux côtés de Mohamed Mehdi Bensaid et Salaheddine Abou El Ghali), avant d’être désignée coordinatrice nationale de cette instance auprès des institutions officielles. La communauté internationale avait d’ailleurs perçu depuis longtemps ce potentiel de leadership, le Forum économique mondial de Davos l’ayant désignée parmi ses Young Global Leaders dès 2014.

Le séisme politique de 2026 et les défis de la primature
Les élections législatives du 23 septembre 2026 constituent l’aboutissement de cette trajectoire vertigineuse. Dans un contexte de participation modérée aux alentours de 38 %, le PAM réalise une percée décisive en remportant 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants, devançant ainsi ses rivaux, notamment le Rassemblement national des indépendants (66 sièges) et l’Istiqlal (65 sièges).
En vertu de l’article 47 de la Constitution, qui stipule que le chef du gouvernement doit être désigné au sein du parti arrivé en tête, le souverain l’a reçue au Palais royal pour la charger de former et diriger le nouvel exécutif.
À 50 ans, cette mère de deux enfants, divorcée, se trouve désormais face à un cahier des charges colossal. La nouvelle cheffe de l’exécutif devra, dans un premier temps, tisser des alliances complexes pour forger une majorité solide dans un parlement hautement fragmenté. Sur le plan programmatique, la population attend des réponses rapides face aux urgences sociales : préservation du pouvoir d’achat, amélioration de l’accès aux services publics et exécution du projet ambitieux de son parti visant à créer un million d’emplois. À moyen terme, son mandat sera par ailleurs scruté à l’aune du défi infrastructurel et diplomatique que représente la préparation de la Coupe du monde de la FIFA 2030, co-organisée avec l’Espagne et le Portugal.
Par son parcours atypique, alliant l’intransigeance de l’arène judiciaire à l’ingénierie urbaine et la haute stratégie politique, Fatima Ezzahra El Mansouri incarne la figure d’un leadership marocain moderne. Son arrivée à la tête de la primature ne symbolise et un grand pas pour la parité ; elle inscrit le Royaume chérifien dans une dynamique de gouvernance rénovée.