Politique

RD CONGO: Changement de constitution, pari risqué pour Félix Tshisekedi?

· 3 min de lecture

Le projet de modification ou de changement de Constitution porté par Félix Tshisekedi est en effet un pari politique particulièrement risqué, qui suscite de vives tensions en République démocratique du Congo.

Si le président et son parti (l’UDPS) justifient cette démarche par la nécessité d’adapter le texte « aux réalités congolaises » et de fluidifier le fonctionnement des institutions, les risques politiques, sociaux et sécuritaires sont majeurs.

1. Le réveil et l’union de l’opposition

Après des élections qui l’avaient laissée très affaiblie et divisée, l’opposition congolaise a trouvé dans ce projet constitutionnel un ciment inespéré pour s’unir.

  • La création de la « Coalition 64 » (C64) : Des figures majeures comme Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ont mis de côté leurs différends pour faire front commun.
  • Ils s’appuient sur l’article 64 de l’actuelle Constitution, qui impose à tout Congolais le devoir de « faire échec » à quiconque exerce le pouvoir en violation de la loi fondamentale. Ce projet offre à l’opposition un levier puissant pour remobiliser la rue. Elle a appelé le mardi 27 mai, à une journée ville morte, prévue le 3 juin 2026.

2. Le spectre du « troisième mandat » et de l’instabilité populaire

Même si Félix Tshisekedi a répété à plusieurs reprises que ce débat n’était pas lié à un troisième mandat, le soupçon d’une volonté de se maintenir au-delà de 2028 (fin de son second mandat réglementaire) est omniprésent.

  • En RDC, toucher aux verrous constitutionnels (durée et nombre de mandats) ravive immédiatement les traumatismes de la fin de l’ère Joseph Kabila en 2016.
  • L’Église catholique, acteur social d’une influence capitale dans le pays, via la CENCO, a déjà exprimé ses profondes réserves, qualifiant la démarche d’inopportune sans un très large consensus national. Un passage en force par référendum pourrait déclencher des cycles de manifestations violentes dans les grands centres urbains comme Kinshasa ou Lubumbashi.

3. Le procès en « distraction » face aux urgences sécuritaires

Le risque est aussi de paraître totalement déconnecté des priorités quotidiennes de la population.

  • La crise à l’Est : Le pays fait face à une situation sécuritaire critique avec l’occupation de territoires par les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. Ouvrir un chantier politique aussi lourd et coûteux qu’une révision constitutionnelle ou un référendum est perçu par une partie des Congolais comme une distraction politique au moment où l’urgence absolue devrait être la reconquête du territoire.
  • Le coût économique : Organiser une consultation populaire (référendum) demande des moyens financiers colossaux, alors que le pays traverse d’importantes difficultés économiques et sociales.

4. Les fissures potentielles au sein de la majorité

Si Félix Tshisekedi dispose d’une majorité écrasante au Parlement (l’Union Sacrée), imposer un changement de Constitution pourrait fragiliser sa propre coalition. Les ambitions des différents lieutenants pour l’après-2028 risquent d’être étouffées par un projet visant à maintenir le chef de l’État en place ou à modifier l’architecture du pouvoir, ce qui pourrait créer des dissidences internes.

En résumé : Pour Félix Tshisekedi, le risque est de troquer une relative stabilité politique contre une crise de légitimité majeure. S’il choisit la voie du référendum, il s’expose à une confrontation directe avec la rue, l’opposition unie et la société civile, au détriment de l’effort de guerre à l’Est.

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