Rd Congo: Changement de constitution: Qu’est-ce qui divise l’Église sur la question?
Le débat sur le changement ou la révision de la Constitution en République Démocratique du Congo (RDC), initié par le président Félix Tshisekedi, ravive de profondes lignes de fracture au sein des institutions religieuses du pays. En RDC, les Églises jouent traditionnellement un rôle de boussole morale et politique, mais face à ce projet, elles se divisent principalement sur deux visions : celle de la préservation de la cohésion sociale et celle de l’opportunité d’une refonte nationale.
Voici ce qui sépare aujourd’hui les leaders religieux congolais :
1. L’opportunité politique face à la crise sécuritaire
C’est le principal argument de la CENCO (Conférence Épiscopale Nationale du Congo), qui représente l’Église catholique.
- La position catholique : Les évêques ne nient pas que la Constitution puisse être modifiée, car le texte lui-même le prévoit. En revanche, ils jugent qu’ouvrir ce chantier est totalement inopportun et « hasardeux » dans le contexte actuel. Pour la CENCO, la priorité absolue de l’État doit être la sécurité à l’Est du pays et l’amélioration du social de la population. Lancer une réforme constitutionnelle risque, selon eux, d’agir comme une « maladresse politique » qui aggravera les tensions internes et servira de prétexte pour fragiliser davantage le pays.
- L’Église protestante (ECC) : Partage globalement cette approche prudente, insistant sur la nécessité d’un consensus national absolu pour éviter de replonger le pays dans l’instabilité.
2. Le soupçon du maintien au pouvoir (Le troisième mandat)
Derrière le débat technique, c’est la question du renouvellement ou de la prolongation des mandats présidentiels après 2028 qui cristallise les divisions.
- Les opposants au projet (parmi lesquels des franges catholiques et de la société civile) craignent que le changement de Constitution ne fasse sauter les verrous intangibles de l’actuel article 220 (qui limite le nombre de mandats).
- À l’inverse, d’autres confessions religieuses accusent parfois l’Église catholique d’avoir un parti pris systématique contre le pouvoir en place et de faire un procès d’intention à Félix Tshisekedi, qui affirme de son côté vouloir corriger des lourdeurs institutionnelles héritées, selon lui, de textes rédigés sous influence étrangère.
3. L’adhésion des Églises de Réveil et d’autres confessions
Face au bloc de refus ou de prudence des catholiques, plusieurs autres structures religieuses affichent un soutien décomplexé au chef de l’État.
- L’Église de Réveil du Congo (ERC) et certaines communautés kimbanguistes : Ces structures se déclarent ouvertement favorables à une réforme constitutionnelle. L’ERC soutient l’idée qu’un nouveau « pacte social » est nécessaire pour l’épanouissement du pays et n’hésite pas à mobiliser ses fidèles — en annonçant notamment des marches citoyennes de soutien au changement constitutionnel. Pour ces chefs spirituels, donner plus de temps ou des coudées plus franches au pouvoir actuel permettrait de stabiliser les institutions.
En résumé : Ce qui divise l’Église en RDC n’est pas le droit théorique de modifier les textes, mais le moment choisi (le timing) et les intentions réelles derrière la démarche. L’Église catholique craint que ce projet ne devienne une distraction politique majeure qui aggrave la crise sécuritaire, tandis que les Églises de Réveil et d’autres alliés du pouvoir y voient une opportunité légitime de refonder les lois du pays.