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RDC : Le pari constitutionnel de Félix Tshisekedi, entre ambition réformatrice et péril politique

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Par Patrick Guitter / Rédaction politique France-AfriqueMÉDIA

Le climat politique en République démocratique du Congo (RDC) a atteint un point de bascule. À l’occasion de la commémoration du 66e anniversaire de l’indépendance, le discours du président Félix Tshisekedi, le 29 juin 2026, était attendu comme un tournant décisif. Si le Chef de l’État a réaffirmé son attachement à la souveraineté nationale, le sujet qui cristallise toutes les attentions reste le projet de changement de la Constitution, perçu par une partie de la classe politique et de la société civile comme une tentative de s’affranchir des verrous démocratiques.

L’équilibre du discours : entre fermeté et manœuvre tactique

Dans son allocution, Félix Tshisekedi a adopté une posture de temporisation tout en maintenant la porte ouverte à une réforme. S’il a déclaré qu’« aucune question d’intérêt national ne doit être confisquée ni interdite de réflexion », il a immédiatement ajouté une nuance cruciale : « aucun débat touchant au pacte fondamental de la Nation ne peut être conduit dans la précipitation ».

Cette position, bien que tempérée, s’inscrit dans un contexte de forte pression. Le président a annoncé avoir déféré la loi référendaire — votée par le Parlement et déjà source d’une vive controverse — à la Cour constitutionnelle. Ce recours, présenté comme un gage de respect de l’État de droit, est interprété par les observateurs comme une stratégie de « recul pour mieux sauter » ou, à l’inverse, comme une volonté d’apaiser les tensions avant que la situation ne devienne incontrôlable.

Les points de friction : pourquoi la Constitution est-elle au cœur du débat ?

Le cœur de la discorde repose sur l’article 220 de la Constitution actuelle, qui verrouille le nombre de mandats présidentiels. Pour l’opposition, portée par des figures telles que l’ancien président Joseph Kabila, le projet de changement constitutionnel est un « coup d’État constitutionnel » masqué, visant à permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.

Les arguments de la majorité présidentielle, relayés par l’Union sacrée de la Nation (USN), avancent, quant à eux, que la Constitution de 2006 n’est plus adaptée aux réalités socio-politiques du pays. Ils plaident pour une modernisation des institutions, arguant que le peuple, en tant que souverain primaire, doit être consulté par voie de référendum sur la forme de l’État et la structure de ses pouvoirs.

Une société civile et religieuse vent debout

La méfiance est d’autant plus grande que la hiérarchie catholique (CENCO) s’est ouvertement opposée à toute révision. Pour les évêques, une telle démarche, dans un pays en proie à l’insécurité chronique dans l’Est et à des crises socio-économiques aiguës, est non seulement inopportune mais dangereuse, risquant de fragiliser davantage l’unité nationale et de plonger le pays dans une instabilité accrue.

Les appels à manifester, notamment la marche prévue le 8 juillet prochain, témoignent d’une polarisation extrême. La population, déjà éprouvée par les conséquences des conflits et la précarité, semble être devenue l’arbitre d’un duel dont l’issue déterminera la stabilité du pays pour la prochaine décennie.

Jusqu’où ira Félix Tshisekedi ?

La question de savoir si le président ira jusqu’au bout reste entière. Plusieurs indicateurs suggèrent deux voies possibles :

  1. La voie de l’apaisement : Si la Cour constitutionnelle, saisie par le président, rend un avis défavorable ou si la pression de la rue et des partenaires internationaux devient trop forte, le Chef de l’État pourrait choisir de mettre en sourdine le projet, privilégiant la stabilité de son second mandat à l’incertitude d’une réforme controversée.
  2. La voie de l’épreuve de force : En insistant sur le recours au référendum, Tshisekedi parie sur la légitimité populaire. S’il estime pouvoir convaincre la majorité des Congolais que cette réforme est nécessaire pour le développement du pays, il pourrait maintenir le cap, au risque d’un isolement politique croissant.

Pour l’heure, le président se place dans une posture de « garant des institutions ». Mais à deux ans de la fin de son second mandat, chaque décision constitutionnelle est scrutée non plus comme une réforme technique, mais comme le test ultime de sa volonté de respecter l’alternance démocratique. Le 29 juin, Tshisekedi a cherché à gagner du temps et de la hauteur, mais il n’a pas fermé la porte au changement. La suite se jouera autant dans les prétoires de la Cour constitutionnelle que dans les rues de Kinshasa.

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