Politique

RDC : un dialogue national sans l’opposition, un monologue présidentiel en perspective ?

Annoncé officiellement le 27 août 2026 par le président Félix Tshisekedi, le « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation » devait être le cadre ultime pour résoudre la crise multiforme qui frappe la République démocratique du Congo. Pourtant, face au rejet catégorique des poids lourds de l'opposition et à l'exclusion assumée des groupes armés, une question centrale s'impose : avec qui le chef de l'État va-t-il réellement dialoguer ?

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Par Patrick Guitter / rédaction France-AfriqueMÉDIA

L’idée flottait dans l’air depuis des mois, portée initialement par les confessions religieuses et une partie de la société civile. Mais la matérialisation de ce dialogue national par le pouvoir en place s’est heurtée à un mur politique. Prévues pour durer trois mois, ces assises risquent fort de se transformer en une chambre d’écho de la majorité présidentielle.

Le mur politique de la Coalition Article 64 (C64)

L’opposition politique a opposé une fin de non-recevoir quasi unanime. La Coalition Article 64 (C64), qui réunit des figures de proue telles que Moïse Katumbi, Martin Fayulu, et le camp de Joseph Kabila, a qualifié l’initiative de « dialogue factice ».

Pour cette coalition, l’initiative présidentielle n’est qu’une manœuvre dilatoire visant deux objectifs :

  • Détourner l’attention des échecs sécuritaires dans l’Est du pays face à l’avancée de la rébellion.
  • Baliser le terrain pour une révision constitutionnelle qui ouvrirait la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, une ligne rouge absolue pour ses adversaires.

La ligne rouge sécuritaire : l’exclusion du M23/AFC

Si l’opposition politique boycotte les assises de son propre chef, les acteurs armés de la crise à l’Est en ont été formellement exclus par le gouvernement. Félix Tshisekedi a fermé la porte à toute participation du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

Cette double absence — l’opposition politique radicale d’un côté, et les groupes armés de l’autre — vide le dialogue de deux de ses enjeux principaux : la décrispation politique institutionnelle et la résolution militaire du conflit au Nord-Kivu.

Avec qui Félix Tshisekedi va-t-il dialoguer ?

Face à la politique de la chaise vide, le casting de ce dialogue national devrait s’articuler autour de trois pôles restants :

1. Les confessions religieuses et la société civile

C’est le paradoxe de ce dialogue. Les initiateurs de la première heure, notamment l’Église catholique (CENCO) menée par le cardinal Fridolin Ambongo et l’Église protestante (ECC), seront présents. Ces acteurs, qui avaient soumis un document confidentiel de huit pages proposant une feuille de route stricte (état des lieux, gouvernance, processus électoral, justice), devront prudemment naviguer. Leur défi : participer sans se faire instrumentaliser par le pouvoir, tout en tentant d’imposer un médiateur neutre.

2. L’Union sacrée (la majorité présidentielle)

Les cadres et partis membres de la coalition au pouvoir répondront présents en masse. Le risque pour le président Tshisekedi est de voir ce dialogue se transformer en un congrès superficiel de l’Union sacrée, où les résolutions seraient votées d’avance et serviraient de caution « populaire » à des réformes institutionnelles portées par le gouvernement.

3. L’opposition « d’accompagnement »

Dans la tradition politique congolaise, les dialogues nationaux débouchent souvent sur un partage du pouvoir ou un gouvernement d’union nationale (à l’image de l’accord de la Saint-Sylvestre en 2016). Il est fort probable qu’une frange de l’opposition dite « modérée » ou républicaine, attirée par la perspective d’une recomposition gouvernementale, accepte de franchir le pas. Ces acteurs serviront d’alibi d’inclusivité au pouvoir en place, même s’ils ne disposent pas du poids électoral des leaders de la C64.

L’enjeu de la légitimité

Sans les poids lourds de la politique congolaise et sans les belligérants de l’Est, les conclusions de ce dialogue de 90 jours risquent de souffrir d’un grave déficit de légitimité. Plus qu’un dialogue national, la démarche s’apparente désormais à une consultation élargie de la majorité présidentielle et de la société civile, dont la capacité à résoudre les crises structurelles de la RDC reste à prouver.

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