Politique

RDC : une tempête politique s’ensuit après le discours de Joseph Kabila, divisant ainsi la nation.

Kinshasa — « Le Congo est en péril ». Il aura suffi de quelques mots et d'une adresse à la nation, prononcée ce vendredi 9 octobre, pour que l'ancien président Joseph Kabila enflamme à nouveau l'arène politique congolaise. Sortant de sa réserve, celui qui a dirigé la République démocratique du Congo (RDC) pendant dix-huit ans a dressé un tableau particulièrement sombre de la gouvernance actuelle, réclamant un dialogue national inclusif et annonçant des « initiatives » imminentes. Depuis, les réactions pleuvent de toutes parts, illustrant une fracture profonde au sein de la classe politique et de l'opinion publique.

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Par la rédaction de France-AfriqueMÉDIA

Du côté du gouvernement et de la majorité au pouvoir, la réplique ne s’est pas fait attendre. Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, a vivement contre-attaqué, rejetant les leçons de gouvernance de l’ancien chef de l’État. Le ministre a défendu le bilan et le processus de paix menés par le président Félix Tshisekedi, réaffirmant l’engagement des autorités à restaurer l’intégrité territoriale.

Plus virulent encore, le vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba a fustigé cette sortie médiatique. Dans une déclaration tranchante, il a qualifié l’allocution de l’ancien président de manœuvre qui « ne trompe personne », allant jusqu’à traiter Joseph Kabila d’« imposteur » et d’« usurpateur ». Pour les caciques du régime actuel, ce discours s’apparente à une tentative de déstabilisation de la part d’un homme politique frappé par des sanctions américaines pour son soutien présumé aux rebelles du M23.

Le camp Kabila serre les rangs

Face à ce tir de barrage, les fidèles de l’ancien président font bloc et défendent la pertinence de son analyse. Au sein du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), on salue un discours de vérité. Nharly Amisi, coordonnateur du parti dans l’espace Schengen, a rapidement pris la parole pour appuyer l’appel au dialogue de son mentor. Il plaide pour des pourparlers « responsables », y voyant l’unique voie pour garantir la paix et la cohésion nationale face aux crises multiformes qui secouent le pays. Le camp de l’ancien président fustige par ailleurs ce qu’il considère comme des persécutions politiques et des dérives anticonstitutionnelles menées par le pouvoir en place.

Une opinion publique fragmentée

Au-delà des cercles partisans, la sortie de Joseph Kabila polarise l’opinion et la société civile congolaise. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les commentaires sont diamétralement opposés.

Pour une partie de la population, exaspérée par la crise sécuritaire dans l’Est et les scandales financiers, le discours de l’ancien président résonne comme un rappel à l’ordre nécessaire. Certains vont jusqu’à éprouver une certaine nostalgie, estimant qu’il avait su, en son temps, maintenir l’intégrité du territoire face à des menaces similaires.

À l’inverse, de nombreuses voix s’indignent de cette prise de parole. Plusieurs activistes et observateurs l’accusent de souffrir d’« amnésie », lui rappelant son propre bilan jugé calamiteux sur le plan sécuritaire et économique. D’autres voient même dans son allocution un « exposé des motifs » justifiant implicitement l’agression dans l’Est, regrettant l’absence de mots forts et de compassion pour les populations victimes des massacres.

Alors que Joseph Kabila promet de détailler ses prochaines actions dans les jours à venir, le climat politique congolais, déjà électrique, semble s’orienter vers une nouvelle zone de fortes turbulences.

Sujets : Politique
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