Sénégal : le soutien de Bassirou Diomaye Faye à Macky Sall pour l’ONU provoque l’indignation des familles de victimes
Dakar — L'appui inattendu du nouveau président sénégalais à son prédécesseur pour prendre la tête des Nations unies, suscite une vive controverse. Au Sénégal, le Collectif des familles de victimes de Macky Sall fait part de son « malaise » et demande de ne pas « effacer la mémoire nationale » suite au soutien affiché par l'actuel chef de l'État à l'ancien président (2012-2024) et ancien adversaire politique, pour le poste de secrétaire général de l'ONU.

Par Nicolas Morin / rédaction France-AfriqueMÉDIA
Lors d’un entretien récent accordé à RFI et France 24, Bassirou Diomaye Faye a en effet justifié sa position, au nom de la diplomatie continentale : « Qui de mieux que Macky Sall pour défendre la place de l’Afrique à l’ONU ? »
L’incompréhension des familles de victimes
Pour le Collectif, qui regroupe les proches des personnes tuées ou blessées lors des manifestations politiques violemment réprimées entre 2021 et 2024, cette déclaration passe mal. L’association rappelle que le mandat de Macky Sall a été marqué par de graves crises politiques ayant entraîné la mort de plusieurs dizaines de manifestants.
Les membres du collectif estiment que soutenir l’ancien président pour la plus haute fonction diplomatique mondiale s’apparente à une prime à l’impunité. Ils craignent que cette démarche de « realpolitik » ne vienne entraver le processus de justice et de vérité qu’ils réclament depuis l’élection du nouveau pouvoir en mars 2024. Le terme de « malaise » utilisé par le collectif souligne le décalage perçu entre les promesses de rupture et de justice portées par Bassirou Diomaye Faye durant sa campagne et ses récents choix diplomatiques.
Le pragmatisme diplomatique face aux attentes de justice
Ce soutien illustre la ligne de crête sur laquelle navigue actuellement l’exécutif sénégalais. Bassirou Diomaye Faye cultive à l’international une attitude institutionnelle qui met l’accent sur l’influence du Sénégal et de l’Afrique à l’échelle mondiale. Le poste d’Antonio Guterres, dont le mandat s’achève en 2026, est très convoité, et le continent africain espère y placer un représentant. Dans cette optique, le carnet d’adresses international de Macky Sall est perçu par le gouvernement actuel comme un atout diplomatique majeur.
Cependant, sur le plan intérieur, cette stratégie se heurte à la mémoire encore vive des récents heurts politiques. Faut-il rappeler que Bassirou Diomaye Faye, ainsi que son Premier ministre Ousmane Sonko, ont eux-mêmes été emprisonnés sous le régime de Macky Sall avant de bénéficier d’une loi d’amnistie controversée votée à la veille de l’élection présidentielle ?
Pour les associations de défense des droits humains au Sénégal, le défi du nouveau gouvernement sera de prouver que ce soutien diplomatique à l’international ne se traduira pas par un abandon des poursuites judiciaires ou de l’exigence de vérité réclamée par les victimes des violences politiques des dernières années.