Politique

Sénégal: vers une cohabitation inédite et complexe?

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Le paysage politique sénégalais vient de connaître un véritable séisme. Le 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin aux fonctions de son Premier ministre, Ousmane Sonko, ainsi qu’à l’ensemble de son gouvernement (décret n°2026-1128).

Cette décision marque la rupture définitive du duo emblématique qui avait porté le projet du PASTEF au pouvoir en avril 2024. Ce divorce politique majeur s’explique par plusieurs mois de frictions intenses au sommet de l’État.

Les raisons majeures de la rupture

L’alliance entre les deux hommes, qui semblait fusionnelle lorsqu’ils partageaient la même cellule de prison ou battaient campagne sous le slogan « Diomaye moy Sonko », s’est progressivement fissurée sous le poids de l’exercice du pouvoir.

1. Le conflit d’autorité et la guerre d’ego

Dès l’été 2025, des tensions liées au leadership sont apparues. Ousmane Sonko, leader historique et charismatique du PASTEF, avait publiquement évoqué un « problème d’autorité » dans le pays. De son côté, début mai 2026, le président Diomaye Faye avait ouvertement déploré une « personnalisation excessive » du pouvoir au sein du parti, rappelant lors d’une interview que le Premier ministre ne restait en place que tant qu’il bénéficiait de sa confiance.

2. Des divergences stratégiques et économiques

Face à la crise économique et aux négociations avec le Fonds Monétaire International (FMI), les approches divergeaient :

  • Ousmane Sonko prônait une ligne dure et une refonte radicale des structures économiques.
  • Diomaye Faye privilégiait une approche plus diplomatique et pragmatique pour rassurer les marchés financiers et partenaires internationaux.

3. La gestion du passé et des « fonds politiques »

La rupture s’est accélérée sur la question des poursuites contre les dignitaires de l’ancien régime de Macky Sall. Sonko reprochait au président une certaine lenteur dans la reddition des comptes. Les tensions ont atteint leur paroxysme quelques heures seulement avant le limogeage, lorsque Sonko a publiquement critiqué, devant l’Assemblée nationale, le manque de transparence entourant la gestion des fonds politiques, un domaine qui relève pourtant du pouvoir discrétionnaire de la présidence.

4. L’horizon présidentiel de 2029

En décembre 2025, Ousmane Sonko avait d’ores et déjà annoncé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2029. Cette annonce a placé les deux hommes en situation de rivalité directe pour le leadership futur du pays, brisant l’accord de transition initial et poussant Diomaye Faye à réactiver sa propre coalition (« Coalition Diomaye Président ») dès mars 2026.

La situation actuelle : Le Sénégal entre dans une phase de cohabitation inédite et complexe. Si Bassirou Diomaye Faye détient le pouvoir institutionnel à la présidence, Ousmane Sonko reste le chef incontesté du PASTEF, parti qui détient la majorité à l’Assemblée nationale. Le choix du prochain Premier ministre sera crucial pour déterminer comment le président compte gouverner face à son ancien allié.

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