Politique

Cameroun : entre rumeurs de décès et silence d’État, le mystère plane sur Paul Biya

Où est passé le président camerounais ? Depuis plusieurs semaines, l'absence prolongée de Paul Biya sur la scène publique alimente une vague de spéculations sans précédent. Sur les réseaux sociaux, les rumeurs les plus extravagantes, allant de l'hospitalisation critique au décès, se multiplient, plongeant Yaoundé dans un climat d'intense incertitude.

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Par Patrick Guitter / Rédaction France-AfriqueMÉDIA

Un fauteuil présidentiel désespérément vide lors des derniers grands rendez-vous internationaux et un mutisme institutionnel pesant. Il n’en fallait pas plus pour que la machine à rumeurs s’emballe. À 93 ans, Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, est au cœur de toutes les conversations, tant dans les rues de Douala que dans les salons feutrés de la capitale.

La prolifération des rumeurs

Le scénario est devenu un classique de la vie politique camerounaise, mais il prend cette fois une ampleur inédite. Depuis que le chef de l’État n’a plus donné signe de vie à l’issue de ses récents déplacements en Europe (notamment en Suisse), la toile s’est enflammée. Faux communiqués, vidéos non sourcées et analyses médicales de comptoir pullulent sur les plateformes numériques.

Chaque jour, de nouvelles « sources exclusives » annoncent le pire, forçant l’opinion publique à naviguer dans un brouillard informationnel dense. Cette hyper-spéculation est le symptôme direct de la centralisation extrême du pouvoir à Yaoundé : quand la clé de voûte du système disparaît des radars, c’est tout l’édifice qui vacille.

La communication de crise du gouvernement

Face à ce qu’il qualifie d’entreprise de déstabilisation, le gouvernement camerounais a tenté de reprendre la main. Les communiqués officiels se sont succédé pour démentir formellement les allégations sur la dégradation de l’état de santé du président, affirmant qu’il se porte bien et qu’il regagnera le pays dans les prochains jours. Les autorités ont même haussé le ton, menaçant de poursuites judiciaires toute personne s’avisant de propager des fausses nouvelles sur la santé du chef de l’État.

Cependant, ces démentis textuels peinent à rassurer. Dans l’ère de l’image reine, seule une apparition publique, tangible et réelle, semble capable de mettre un terme définitif à la controverse.

Le spectre de la succession

Au-delà de la santé de l’homme, c’est l’avenir du pays qui se joue en filigrane. Le « fantôme de Genève », comme l’ont parfois surnommé ses détracteurs, rappelle à la classe politique camerounaise l’imminence d’une transition. Cette absence prolongée ravive les luttes de clans au sein de l’appareil d’État et du parti au pouvoir (le RDPC). Les différents dauphins pressentis, bien que silencieux, observent la situation avec acuité.

Paul Biya a fait de ses silences une arme politique redoutable, gérant le pays par à-coups et surprises. Il a, par le passé, déjà été donné pour mort à plusieurs reprises, avant de réapparaître sur le tarmac de l’aéroport de Nsimalen, déclarant ironiquement que « ceux qui s’intéressent à mes funérailles devront attendre ».

Le Cameroun retient son souffle. Le retour du président, ou la prolongation de son absence, dictera le rythme politique des semaines à venir dans un pays qui se prépare, volontairement ou à contrecoeur, à tourner la page la plus longue de son histoire politique.

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