Congo: Séjour de la diaspora à Brazzaville, une délégation qui divise
Du 8 au 16 août, Brazzaville a déroulé le tapis rouge à une vingtaine de membres de la diaspora congolaise. Si l'initiative officielle se veut fédératrice et tournée vers le développement, le choix des profils invités soulève de vives critiques. Au cœur de la polémique, une sélection qui ne fait pas l'unanimité et un manque flagrant d'expertise chez certains délégués.

Par Samantha Diallo / Rédaction France-AfrqueMÉDIA
Brazzaville a été, pour quelques jours, la capitale des Congolais de l’étranger. Les autorités ont initié une série de rencontres visant à créer un cadre permanent de dialogue et à intégrer la diaspora dans la transformation économique, sociale et culturelle du pays. Sur le papier, l’ambition est louable : faire appel aux enfants du pays établis hors des frontières pour apporter des solutions concrètes aux défis nationaux. Pourtant, l’enthousiasme des premiers jours a rapidement laissé place à la controverse au sein de la communauté congolaise.
Une sélection entourée d’opacité
Parmi les Congolais résidant à l’étranger, c’est l’incompréhension qui domine. Sur quels critères les membres de cette délégation ont-ils été choisis ? Pour beaucoup d’observateurs et d’associations, la liste des invités reflète davantage un exercice de relations publiques qu’une véritable volonté de mobilisation des talents.
La diaspora congolaise, particulièrement en Europe et en Amérique du Nord, est riche de professionnels hautement qualifiés : médecins, ingénieurs, entrepreneurs, universitaires et experts en nouvelles technologies. Or, la composition de l’actuelle délégation semble avoir ignoré une portion substantielle de ce vivier.
« C’est une occasion manquée. Nous avons des profils de très haut niveau qui auraient pu proposer des projets structurels pour le pays, mais qui n’ont même pas été consultés », déplore un membre de la communauté congolaise établie en France.

Le déficit d’expertise pointé du doigt
La critique la plus sévère porte sur la plus-value réelle des délégués présents dans la capitale. Selon plusieurs voix associatives, certains membres de cette délégation n’ont, à l’heure actuelle, aucune expertise technique, scientifique ou stratégique à proposer au pays.
Au lieu de faire appel à des porteurs de projets dans des secteurs vitaux tels que l’agriculture de précision, la santé publique, l’éducation ou les infrastructures, le choix se serait parfois porté sur des personnalités au profil plus mondain. Certaines d’entre elles seraient liées à des réseaux de connivence.
Cette situation frustre profondément ceux qui estiment que le Congo a d’abord besoin de compétences techniques transférables. Le retour au pays, financé ou facilité par des fonds institutionnels, devrait idéalement être conditionné par un cahier des charges strict et des propositions de partenariats concrets, et non s’apparenter à un simple séjour de courtoisie.
Vers un nouveau pacte avec la diaspora ?
La polémique autour de cette rencontre met en lumière un mal plus profond : la structuration même de la diaspora congolaise. Souvent hétérogène et fragmentée par des clivages politiques, régionaux ou des querelles de leadership, elle peine à faire émerger une représentation unifiée, neutre et purement axée sur le développement.
Si les autorités souhaitent faire des Congolais de l’extérieur un véritable « partenaire privilégié », une refonte de l’approche s’impose. Il s’agirait d’aller chercher les compétences là où elles se trouvent, en mettant en place des appels à projets transparents et des critères de sélection basés exclusivement sur le mérite et l’expertise. Pour accélérer sa marche vers le développement, le pays aura besoin de bâtisseurs bien plus que d’ambassadeurs d’image.