Gabon: Oligui Nguema et la frénésie des chantiers, le béton suffira-t-il à apaiser le front social gabonais ?
Depuis le début de la transition, les images tournent en boucle : casques de chantier sur la tête ou entouré de chefs d'entreprises, le président Brice Clotaire Oligui Nguema arpente inlassablement les chantiers d'infrastructures du pays. De Libreville à Oyem, cette diplomatie du terrain vise à incarner l'action, la rigueur et le pragmatisme. Pourtant, au-delà des grues et du bitume, une question brûlante s'impose dans le débat public, le quotidien des Gabonais s'est-il véritablement amélioré ?

Par Nicolas Morin / Rédaction France-AfriqueMÉDIA
La vitrine des imposants travaux
La stratégie de la présidence est limpide, montrer que le pouvoir travaille et qu’il livre des résultats tangibles. L’aménagement du front de mer de la capitale, le lancement de la Cité Émeraude — qui promet de faire économiser près de 30 milliards de FCFA à l’État —, ou encore l’élargissement très attendu de l’axe routier PK0-PK5 à Libreville, sont autant de symboles d’un Gabon en pleine refondation.
En renouvelant publiquement sa confiance à des entreprises d’ingénierie telles que CITP, le Chef de l’État met une pression directe sur la qualité et les délais de livraison. Ces visites abondamment relayées instaurent un narratif de rupture avec les décennies d’éléphants blancs de l’ère précédente. Mais si ces infrastructures doivent structurer l’économie de demain, elles ne répondent pas directement à l’urgence sociale d’aujourd’hui.
L’épreuve du quotidien : eau, électricité et cherté de la vie
Derrière cette vitrine modernisatrice, la réalité sociale du Gabon reste rude. L’une des illustrations les plus frappantes de ce décalage est la crise que traverse la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Face aux délestages chroniques et aux coupures d’eau qui empoisonnent la vie des ménages et freinent les entreprises, le président a acté un projet de séparation des branches eau et électricité. Une décision politique audacieuse pour tenter de régler un dossier épineux, mais qui rappelle cruellement que les besoins primaires de la population ne sont toujours pas garantis en 2026.
La cherté de la vie, le chômage des jeunes et la saturation des services publics (comme à l’université Omar Bongo) forment une cocotte-minute sociale. Si les chantiers emploient une main-d’œuvre locale — avec 22 000 emplois privés créés annoncés depuis le début de la transition —, le ressenti de la pauvreté structurelle demeure très présent.
Un bilan social en demi-teinte ?
Lors de son discours sur l’état de la Nation, Brice Clotaire Oligui Nguema n’a pas ignoré le volet social, avançant des chiffres qui se veulent rassurants :
- 105 milliards de FCFA de rappels versés aux fonctionnaires pour apurer un lourd passif administratif.
- 60 000 dossiers de fonctionnaires régularisés.
- 1 066 taxis distribués pour encourager l’entrepreneuriat des jeunes Gabonais.
- 14 nouvelles représentations du Samu social créées pour rapprocher l’offre de santé des plus vulnérables.
Toutefois, comme le soulignent de nombreux observateurs de la vie politique gabonaise, le débat public exige aujourd’hui d’aller au-delà des annonces institutionnelles pour mesurer l’impact réel sur le citoyen.
En fin de compte, l’hyperactivité présidentielle sur les chantiers est un atout politique indéniable qui marque une rupture de gouvernance. Mais si les murs des nouveaux bâtiments se montent rapidement, il faudra veiller à ce que les Gabonais aient les moyens de vivre dignement à l’intérieur. Le véritable test de ce septennat se jouera autant sur la réception des ouvrages publics que sur la baisse effective du coût de la vie.