Politique

Cameroun: Le retour sous cloche de Paul Biya, une foule en liesse pour n’apercevoir qu’une main

Ils étaient des milliers, agglutinés derrière les barrières de sécurité, bravant la chaleur écrasante et les heures d'attente. Ce jeudi, le retour tant attendu du chef de l'État (après une absence prolongée qui avait nourri toutes les rumeurs) devait être un moment de communion avec la nation. Mais, de ce vaste théâtre politique autour de l'aéroport, la population massée sur le tarmac et le long des avenues environnantes ne retiendra qu'une image furtive : une main levée à travers la vitre entrouverte d'une limousine blindée.

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Par Patrick Guitter / rédaction de France-AfriqueMÉDIA

Dès les premières heures de la matinée, l’esplanade de l’aéroport international avait pris des airs de meeting de campagne. Des groupes de danseurs traditionnels rivalisaient d’énergie, les haut-parleurs crachaient des hymnes à la gloire du dirigeant, et les pagnes à l’effigie du président tapissaient la foule.

« Nous sommes là depuis 6 heures du matin pour lui prouver que le peuple est avec lui, pour faire taire ceux qui disaient qu’il ne reviendrait pas », confiait un militant, le front perlé de sueur, brandissant une modeste pancarte cartonnée. L’enjeu de la journée dépassait le banal atterrissage d’un vol présidentiel : il s’agissait de dissiper l’épais brouillard de mystère qui entourait son état de santé depuis des semaines.

Le ballet des gyrophares et le mystère des vitres teintées

À 15 h 40, le vrombissement des réacteurs de l’avion présidentiel a déclenché une clameur assourdissante. L’appareil s’est posé loin des regards, dans une zone ultrasécurisée du pavillon d’honneur, hors de portée des objectifs des journalistes et de la foule. Seuls quelques officiels triés sur le volet ont eu le privilège d’accéder au tarmac.

Puis, le cortège s’est ébranlé. Le cortège était composé d’une cinquantaine de véhicules, avec des motos d’escorte aux sirènes hurlantes, des 4×4 noirs de la garde présidentielle, et au centre, la célèbre limousine blindée. La foule, contenue à grand-peine par un impressionnant cordon de forces de l’ordre, a retenu son souffle.

C’est à cet instant précis que la scène, presque surréaliste, s’est produite. Alors que le véhicule présidentiel ralentissait à peine devant la masse de partisans en délire, la vitre arrière droite, noire et opaque, s’est abaissée de quelques centimètres. Juste assez pour laisser passer une main. Une main saluant lentement, de gauche à droite, avant que la vitre ne se referme inexorablement, avalée par la vitesse du cortège en route vers le palais.

Le symbole et la frustration

Le passage aura duré moins de dix secondes. Pas de visage, pas de sourire, pas d’arrêt pour saluer les dignitaires alignés. Rien qu’un salut mécanique, presque fantomatique, offert comme une proie à une foule qui espérait la preuve tangible de la vitalité de son leader.

Dans le sillage des gaz d’échappement, l’ambiance a soudainement changé. Les chants ont baissé d’un ton. Si certains militants se contentaient de ce signe de vie — « Il a levé la main, c’est bien lui, il est vivant et en forme ! » s’époumonait un jeune homme —, d’autres peinaient à cacher une moue dubitative.

Tandis que la nuit commençait à tomber et que la foule se dispersait dans des embouteillages monstres, une certitude flottait dans l’air : ce retour, loin de clore le chapitre des spéculations, n’a fait qu’en ouvrir un nouveau. La main a salué, mais le mystère, lui, reste entier.

Sujets : Politique
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