Sénégal : pourquoi le pays fait face à une vague de discours xénophobes ?
Le Sénégal, historiquement reconnu comme un carrefour de paix et une terre d'accueil, traverse aujourd'hui une zone de turbulences identitaires et sociales. Récemment, la montée d'une rhétorique hostile envers les étrangers — notamment à l'encontre d'autres ressortissants ouest-africains — suscite une vive inquiétude au sein de la société civile et des instances de régulation. Comprendre les racines de cette flambée xénophobe nécessite d'analyser un faisceau de facteurs économiques, politiques et médiatiques.

Par la Rédaction de France-AfriqueMÉDIA
La frustration économique est souvent le premier moteur de la désignation d’un bouc émissaire. Le Sénégal fait face à des défis majeurs qui fragilisent son tissu social :
- La crise de l’emploi et l’inflation : Le coût de la vie élevé et les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes exacerbent les tensions locales. Face à la précarité urbaine, certains discours stigmatisent les étrangers, les accusant d’accaparer les ressources économiques et de saturer le marché du travail informel.
- La concurrence dans l’espace public : À Dakar, la pression démographique, le manque d’infrastructures et la dégradation du cadre de vie dans des quartiers surpeuplés ont récemment conduit à des affrontements directs. En août 2026, des exilés subsahariens ont ainsi été violemment chassés de leurs campements par des riverains près du marché de Colobane, une scène filmée et largement diffusée.
L’instrumentalisation politique et la banalisation médiatique
La haine ne naît pas ex nihilo ; elle est souvent attisée par des discours publics et relayée sans filtre par certains canaux d’information.
- Le populisme politique : la question migratoire est de plus en plus instrumentalisée à des fins de conquête électorale ou de consolidation de pouvoir. Des personnalités politiques, à l’image du député Tahirou Sarr, ont été pointées du doigt pour avoir banalisé la stigmatisation et présenté la présence de certaines communautés étrangères comme une menace structurelle.
- Le rôle des médias et d’internet : Les réseaux sociaux agissent comme une caisse de résonance, propageant rapidement rumeurs et appels à l’exclusion. Devant ce glissement inquiétant, le Conseil pour observer les règles d’éthique et de déontologie dans les médias (CORED) a publiquement dû intervenir durant l’été 2026 pour mettre en garde les journalistes et condamner la banalisation des discours de haine visant les étrangers.
La riposte de la société civile pour préserver l’hospitalité
Face à l’imminence d’une fracture sociétale, des voix s’élèvent pour rappeler l’importance du vivre-ensemble et contrecarrer les marchands de haine.
- L’appel des ONG : des organisations comme la RADDHO, la Ligue sénégalaise des droits humains (LSDH) et Amnesty International ont publiquement dénoncé cette dangereuse dérive, exhortant les autorités à éviter toute instrumentalisation politique de la migration et à protéger la cohésion sociale.
- La sauvegarde d’une identité ouverte : de nombreux observateurs et intellectuels rappellent que l’identité sénégalaise s’est construite sur le brassage, les migrations, les croyances et le commerce. Ils alertent sur le fait que la logique du bouc émissaire, une fois enclenchée, n’a pas de limite et menace la stabilité intrinsèque et l’humanité du pays.
La question centrale aujourd’hui dépasse la simple gestion migratoire ; elle interroge directement le modèle de société que le Sénégal souhaite pérenniser face à la crise.