Politique

Congo : sept mois après la présidentielle, que cherche Digne Elvis Tsalissan Okombi en rouvrant le brûlant dossier de la Constitution ?

Alors que la République du Congo vient à peine de tourner la page de l’élection présidentielle de mars 2026, qui a vu la réélection de Denis Sassou-N’Guesso dès le premier tour, une sortie politique inattendue vient bousculer l’agenda national. Lors d'un point de presse tenu le 16 octobre à Brazzaville, l’ancien ministre délégué et député Digne Elvis Tsalissan Okombi, coordonnateur général de la plateforme Génération auto-entrepreneur (GAE-Le Patriarche), a publiquement appelé à l’ouverture d’un débat sur l'opportunité d'une révision de la Constitution du 25 octobre 2015. Un timing qui interroge autant sur ses motivations officielles que sur ses arrière-pensées politiques.

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Par la rédaction de France-AfriqueMÉDIA

En prélude à la troisième édition du Dialogue intergénérationnel décentralisé (DID) prévue en novembre à Dolisie, Digne Elvis Tsalissan Okombi a articulé son appel autour d’une thèse centrale : « aucune réforme économique ou sociale ne peut durer si le cadre qui la porte ne suit pas ».

Selon l’ancien ministre, la démarche ne vise pas à imposer des modifications d’emblée, mais à instaurer une réflexion collective, « sereine et inclusive », pour adapter la loi fondamentale aux mutations contemporaines. Il inscrit cette nécessité institutionnelle en bout de chaîne de deux urgences socio-économiques :

  • La fin de la dépendance pétrolière : face à la volatilité du baril et aux recompositions internationales, la GAE plaide pour une transformation locale des matières premières (manioc, bois, huile de palme, fruits) afin de retenir la valeur ajoutée et les emplois sur le territoire congolais.
  • L’insertion économique de la jeunesse : Tsalissan Okombi réclame la création d’un statut d’auto-entrepreneur accessible et protecteur, couplé à un accès simplifié au crédit et à une formation professionnelle alignée sur le marché. Cette mesure vise à répondre aux attentes d’une jeunesse nombreuse et connectée.

Pour le dirigeant de la GAE, les institutions issues de 2015 doivent être évaluées pour vérifier si elles permettent réellement d’accompagner cette agilité économique et d’intégrer les nouvelles générations dans la gouvernance.

Le pays a-t-il réellement besoin d’un débat constitutionnel maintenant ?

Poser la question de la Constitution quelques mois seulement après le scrutin présidentiel des 12 et 15 mars 2026 suscite un profond scepticisme au sein de l’opinion publique et de la classe politique congolaise. C’est ce qui révèle un fossé entre les priorités institutionnelles et le quotidien des citoyens.

Les arguments des partisans du débatLes réserves des observateurs et de l’opposition
Anticiper à froid : Ouvrir la discussion en début de quinquennat évite les révisions précipitées et passionnelles à la veille d’une échéance électorale.Urgence sociale prioritaire : Le pays fait face à des défis pressants (coût de la vie, crise énergétique, endettement, chômage) qui relèvent de l’exécutif et non du texte constitutionnel.
Modernisation de l’État : Adapter les mécanismes de décentralisation et de gouvernance économique aux réalités numériques et entrepreneuriales.Déficit d’application : La Constitution de 2015 contient déjà des dispositions modernes qui peinent à être pleinement appliquées ; le problème est politique, pas juridique.
Dialogue intergénérationnel : Offrir un espace de concertation pour préparer l’avenir tout en préservant les acquis de stabilité.Calculs de transition : En Afrique centrale, toucher à la Constitution en début de mandat est souvent perçu comme une manœuvre visant à préparer une succession (création d’une vice-présidence ou passage à un scrutin parlementaire).

Dans les faits, le Congo-Brazzaville souffre moins d’un blocage constitutionnel que d’un défi de gouvernance et de diversification économique. Aucune disposition de la Constitution du 25 octobre 2015 n’empêche aujourd’hui le gouvernement ou le Parlement de voter une loi sur le statut de l’auto-entrepreneur, de faciliter l’accès au crédit bancaire ou d’industrialiser la filière bois et agricole.

En lançant ce ballon d’essai, Digne Elvis Tsalissan Okombi — fidèle soutien du chef de l’État à travers son mouvement « Le Patriarche » — agit-il en électron libre soucieux de réformes structurelles, ou prépare-t-il déjà les esprits à un réaménagement de l’architecture du pouvoir lors de ce nouveau quinquennat ? Le rendez-vous de Dolisie en novembre donnera un premier indice sur l’écho réel de cette initiative au sein de la majorité présidentielle.

Sujets : Politique
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