Sénégal : Macky Sall, quel avenir après le mirage onusien?
Le 17 octobre 2026 restera sans doute comme une date amère dans la carrière politique de Macky Sall. En annonçant le retrait de sa candidature au poste de secrétaire général des Nations Unies, l'ancien président sénégalais a mis fin à une ambition internationale qui semblait pourtant minutieusement préparée. Avec seulement cinq votes d'encouragement contre dix défavorables lors des consultations préliminaires du Conseil de sécurité, le constat était sans appel : le consensus mondial n'était pas au rendez-vous. Si ses partisans saluent une « décision historique » et une « leçon de dignité », ses détracteurs, à l'instar de Seydi Gassama, y voient un « échec cuisant ». Dès lors, une question brûlante s'impose : que reste-t-il à faire pour l'ancien chef d'État ?

Par la rédaction de France-AfriqueMÉDIA
La première option, et peut-être la plus naturelle pour un animal politique de sa trempe, est un repli stratégique sur la scène sénégalaise. Macky Sall a déjà prouvé par le passé qu’il ne comptait pas rester inactif : en octobre 2024, il n’avait pas hésité à démissionner de son poste d’envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P) afin de prendre la tête de la coalition d’opposition Takku Wallu Sénégal lors des législatives anticipées.
Aujourd’hui, face au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, Macky Sall pourrait chercher à consolider son rôle de figure tutélaire de l’opposition. Cependant, cette voie est semée d’embûches. Le paysage politique sénégalais s’est profondément renouvelé, et l’influence de l’Alliance pour la République (APR) s’est érodée. Un retour frontal pourrait s’avérer risqué, l’exposant à d’éventuelles redditions de comptes sur sa gestion passée, un thème récurrent du nouveau régime.
Le rebond diplomatique : l’Afrique comme refuge
Si la porte des Nations unies s’est refermée – victime, selon certains analystes, de sa proximité supposée avec Paris et les capitales du Golfe qui aurait pu lui valoir un veto de la Russie –, le continent africain offre encore de vastes perspectives. Macky Sall conserve une stature indéniable de chef d’État ayant dirigé l’Union africaine.
Il pourrait se repositionner sur des missions de médiation au sein de la CEDEAO, voire de l’Union africaine, dans une région ouest-africaine toujours en proie à une forte instabilité institutionnelle et sécuritaire. La diplomatie climatique, un domaine qu’il a ardemment défendu, reste également un terrain où son carnet d’adresses international a de la valeur, même s’il devra trouver un nouveau véhicule institutionnel après son départ du 4P.
Le modèle des fondations et du soft power
Une troisième voie, souvent empruntée par les anciens chefs d’État anglo-saxons, est celle du « soft power » à travers la création d’une fondation d’envergure internationale. Comme Mo Ibrahim ou encore Bill Clinton, Macky Sall pourrait s’engager sur les sujets qui lui tiennent à cœur : le financement des infrastructures en Afrique, l’éducation ou la transition énergétique.
Ce choix lui permettrait de préserver une visibilité internationale de premier plan, de continuer à parler aux décideurs du monde entier, tout en restant loin des polémiques politiciennes sénégalaises et des luttes d’influence impitoyables des puissantes institutions multilatérales.
En définitive, l’échec new-yorkais marque la fin d’une illusion, celle d’une transition sans heurts vers les plus hauts sommets de la diplomatie mondiale. Mais, à 64 ans, Macky Sall est loin de la retraite. Il devra désormais réinventer son influence, en trouvant le juste équilibre entre son héritage national et ses ambitions panafricaines.