Politique

Cameroun: Absence prolongée de Paul Biya, Yaoundé face au débat explosif de la vacance du pouvoir

Plus de six semaines après le départ du président Paul Biya pour un déplacement qualifié par la présidence de « court séjour privé en Europe », l'absence prolongée du chef de l'État — conjuguée à un silence médiatique prolongé et à l'absence d'apparitions publiques — enflamme le débat national. Face à ce vide apparent au sommet de l'État, l'opposition politique et des figures de la société civile intensifient la pression, sommant le Conseil constitutionnel de se saisir officiellement de la question de la vacance du pouvoir.

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Par Patrick Guitter / Rédaction France-AfriqueMÉDIA

Parti du territoire national le 7 juin 2026 aux côtés de son épouse Chantal Biya, le chef de l’État camerounais, âgé de 93 ans, n’a plus foulé le sol national depuis lors. Si les services de communication de la présidence s’efforcent de maintenir une activité diplomatique de façade en relayant régulièrement des messages de félicitations ou des télégrammes adressés à des homologues étrangers, ces publications numériques ne suffisent plus à apaiser les craintes.

Dans les rues de Yaoundé, dans les médias et au sein des cercles diplomatiques, l’interrogation demeure omniprésente : où se trouve réellement le président et quel est son état de santé exact ? Les critiques s’accumulent, à l’instar des ironies du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) qui déplore ouvertement la situation d’un pays qui s’acheminerait vers une gouvernance exercée dans le cadre d’un « télétravail clandestin ».

L’offensive de l’opposition et le casse-tête constitutionnel

Face à ce qu’elle qualifie de paralysie progressive des institutions et d’absence de prise de décision sur les dossiers stratégiques urgents, l’opposition unie monte au créneau. Des personnalités politiques de premier plan, à l’image du député Jean-Michel Nintcheu ou de formations politiques comme l’Union démocratique du Cameroun (UDC), montent en première ligne pour exiger l’application stricte des dispositions constitutionnelles. Pour ces derniers, une absence d’une telle envergure dépasse le cadre d’un simple séjour privé et porte atteinte à la continuité de l’action publique.

Cependant, cette démarche se heurte à un vide juridique et textuel complexe. Des constitutionnalistes et universitaires, tels que le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono, rappellent que si la Constitution camerounaise est explicite concernant les cas de démission ou de décès du président de la République, elle demeure largement ambiguë et muette sur les critères précis — notamment temporels — devant déclencher le constat d’une vacance en raison d’un éloignement prolongé à l’étranger. Une faille textuelle qui met le Conseil constitutionnel face à ses responsabilités historiques et à son rôle d’arbitre suprême de la loi fondamentale.

La réplique ferme du parti au pouvoir

Du côté du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), la riposte ne s’est pas fait attendre. Les cadres et porte-parole du parti présidentiel, à l’instar du ministre d’État Jacques Fame Ndongo, secrétaire national à la communication, rejettent en bloc la thèse de la vacance du pouvoir. Tout en qualifiant ces interpellations de manœuvres politiques infondées, le parti au pouvoir martèle que les institutions fonctionnent normalement et que les affaires de l’État continuent d’être administrées selon les règles établies. Le sérail appelle ainsi l’ensemble des acteurs à faire preuve de retenue et à se concentrer sur les priorités nationales, refusant de céder aux spéculations sur la situation personnelle du chef de l’État.

Alors que le Cameroun navigue dans cette zone d’incertitude institutionnelle, l’épreuve de force entre un appareil étatique arc-bouté sur la légitimité de ses rouages et une opposition déterminée à bousculer le statu quo met en lumière la fragilité des mécanismes de transition et de succession au sommet de l’État. Le Conseil constitutionnel osera-t-il rompre son silence pour trancher ce débat inédit ? L’avenir immédiat de la stabilité politique du pays en dépend en grande partie.

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