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Cédéao: La monnaie Eco verra-t-elle enfin le jour ? Chronique d’un serpent de mer géopolitique et monétaire

Porté en étendard par les chefs d'État de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) depuis plus de deux décennies, le projet de monnaie unique, l'Eco, continue d'alimenter tous les fantasmes et les débats au sein de l'espace ouest-africain. Entre reports successifs, soubresauts géopolitiques et impératifs macroéconomiques, la question de sa concrétisation effective demeure plus que jamais d'actualité.

· 3 min de lecture

Par Nicolas Morin / Rédaction France-AfriqueMÉDIA

À l’issue de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation sous-régionale tenue en Sierra Leone, l’institution a de nouveau confirmé le cap de 2027 pour le lancement de l’Eco. Mais au-delà des effets d’annonce, les défis structurels et politiques qui se dressent sur la route de cette intégration monétaire restent immenses.

1. Un calendrier verrouillé, mais une stratégie de déploiement flexible Channel Africa

Jusqu’alors plombé par le non-respect chronique des critères de convergence (maîtrise de l’inflation, déficit budgétaire, dette publique), le projet change de paradigme. La CEDEAO a acté un déploiement progressif (par étapes) :

  • Une adhésion au compte-gouttes : Contrairement au scénario d’un basculement simultané de tous les pays membres — longtemps brandi comme l’obstacle absolu —, les États remplissant les critères de convergence économique formeront le premier cercle de l’union monétaire.
  • Un accompagnement technique : Les pays accusant un retard sur le plan macroéconomique ne seront pas exclus définitivement, mais bénéficieront d’un soutien institutionnel pour s’amarrer au train en marche au gré de leurs progrès. Afrik

Cette flexibilité tactique vise à sauver un projet miné par l’enlisement, tout en maintenant une pression politique constante sur les exécutifs nationaux.

Apercu sur la monnaie Éco
Aperçu sur la future monnaie Eco

2. Le casse-tête de l’architecture institutionnelle et de la souveraineté

Sur le plan technique, si l’enregistrement de la marque « Eco » auprès des organismes de propriété intellectuelle a connu des avancées, l’ossature de la future zone monétaire suscite encore de vives discussions.

L’architecture d’une future banque centrale régionale, les règles de gouvernance, et surtout la nature des liens avec les partenaires extérieurs restent des sujets incertains. Pour les partisans d’une rupture totale avec les vestiges coloniaux, l’Eco est perçu comme l’instrument idoine pour s’affranchir du franc CFA — dont la mue partielle en Eco, décidée unilatéralement au sein de l’UEMOA par le passé, avait déjà provoqué des frictions diplomatiques majeures avec les pays anglophones de la CEDEAO (notamment le Nigeria).

3. La recomposition géopolitique : l’inconnue du Sahel et de l’AES

Le grand invité de pierre de ce calendrier 2027 reste la configuration politique de la région. La création de la Confédération des États du Sahel (AES) — regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger —, qui ont acté leur sortie de la CEDEAO tout en demeurant, paradoxalement, membres de l’UEMOA et utilisateurs du franc CFA à ce stade, complexifie l’équation.

  • Quel sort pour l’UEMOA ? La coexistence de visions géopolitiques divergentes entre des États sahéliens souverainistes en quête de monnaies nationales ou alternatives et le bloc pro-CEDEAO pose la question de l’intégrité même des zones d’échanges actuelles.
  • Le poids des géants : L’implication active des poids lourds économiques comme le Nigeria et le Ghana demeure le véritable moteur politique de l’Eco. Sans un consensus géopolitique apaisé entre les capitales ouest-africaines, l’architecture financière risque de souffrir d’une balkanisation monétaire de fait.

En route vers 2027 : Entre espoir pragmatique et scepticisme persistant

L’Eco verra-t-elle enfin le jour ? À l’horizon 2027, la CEDEAO joue une part majeure de sa crédibilité institutionnelle. Le choix d’une approche graduelle est un aveu de réalisme : il évite qu’un État en difficulté ne bloque l’ensemble de la sous-région.

Néanmoins, tant que les dysfonctionnements structurels — instabilité sécuritaire au Sahel, vulnérabilités budgétaires, et manque d’harmonisation industrielle — ne seront pas jugulés, l’Eco restera une promesse suspendue aux soubresauts de la realpolitik africaine. Une chose est sûre : le débat monétaire n’a jamais été aussi politique, ni aussi urgent pour dynamiser le commerce intrarégional et répondre aux aspirations des 400 millions de citoyens de l’espace CEDEAO.

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