Congo : derrière les stands, l’enjeu des foires agricoles
Brazzaville, le vivier des ambitions – À l’heure où s’ouvre la deuxième édition de la Grande Foire Agricole du Congo (GFAC) au Parc des expositions de Bambou-Mingali, une question revient, parfois à voix basse, parfois franchement : dans un pays longtemps porté par la rente pétrolière et très dépendant des importations alimentaires, à quoi sert, au fond, une telle grand-messe agricole ?

Par Nicolas Morin / Rédaction France-AfriqueMÉDIA
Portée par le thème explicite « Nourrir la Nation pour honorer la Patrie », la manifestation réunit des centaines d’exposants issus des quinze départements du pays. Et non, ce n’est pas juste une vitrine pour la forme : l’enjeu est économique, mais aussi stratégique, presque vital.
1. Sortir de la dépendance et viser la souveraineté alimentaire
Le paradoxe congolais, tout le monde le connaît : des millions d’hectares de terres arables, un réseau hydrographique remarquable, et pourtant une part importante de l’alimentation vient encore de l’extérieur. La foire entend jouer le rôle de déclencheur, comme un électrochoc national. L’idée, elle, ne se cache pas : renverser la tendance en misant sur le terroir, en dopant les cultures vivrières, l’élevage (bovin, porcin, avicole) et la filière halieutique. Autrement dit, démontrer que le pays a, sur place, de quoi se nourrir, et donc de quoi réduire sa fragilité face aux chocs extérieurs et aux hausses brutales des prix sur les marchés internationaux.
2. Transformer l’essai : de la terre à l’assiette
Produire, aujourd’hui, ne suffit plus ; il faut aussi transformer. C’est l’autre combat mis en avant par les autorités et les partenaires au développement, dont la Banque africaine de développement (BAD). La foire braque les projecteurs sur les unités de transformation locale et sur les solutions technologiques. Le vrai défi, c’est de solidifier les chaînes de valeur — du paysan au transformateur, du transporteur au distributeur — pour réduire les pertes post-récolte et faire arriver, sur les étals des supermarchés comme sur ceux des marchés urbains, des produits finis capables de tenir la comparaison.
3. Créer de l’emploi pour la jeunesse et réveiller les territoires
Quand producteurs, coopératives et start-up agrotechnologiques se retrouvent au même endroit, l’événement devient un carrefour géant d’opportunités. Un point de rencontre, et parfois un déclic.
L’attractivité du métier d’agriculteur : redorer l’image d’une profession encore jugée rude et peu rentable.
L’insertion professionnelle : donner aux jeunes des pistes solides d’entrepreneuriat dans l’agrobusiness.
Le désenclavement économique : valoriser les productions des différents départements pour encourager le commerce interrégional.
Un pari sur l’avenir
Au final, une foire agricole de cette taille au Congo, c’est la confirmation d’un virage. C’est reconnaître que, l’or vert doit progressivement, compléter puis relayer l’or noir afin de bâtir une économie plus résiliente, inclusive et durable. La suite, elle se jouera loin des allées du Parc des expositions : le vrai test sera la capacité à convertir les promesses affichées en actions concrètes, dans les champs.