Politique

Les enjeux de la course au Secrétariat général de l’ONU : radioscopie du grand oral de Macky Sall et de ses ambitions géopolitiques

La course à la succession d'António Guterres à la tête de l'Organisation des Nations unies (ONU) a franchi un cap décisif avec l'audition publique des candidats au siège de l'Assemblée générale à New York. Parmi les prétendants en lice, l'ancien président sénégalais Macky Sall s'est soumis à l'exercice redoutable du « grand oral », exposant sa vision d'une gouvernance mondiale en profonde mutation. Cette prestation intervient dans un contexte diplomatique dense, marqué, sur le plan national, par l'officialisation récente du soutien de l'État sénégalais à sa démarche.

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Par Patrick Guitter / Rédaction France-AfriqueMÉDIA

Au-delà de la performance rhétorique, cette incursion sur la scène internationale soulève une série de questions quant à la viabilité, la portée et les contradictions d’une candidature qui polarise autant qu’elle ambitionne de redistribuer les cartes de la diplomatie multilatérale.

I. Les forces de la candidature : une légitimité continentale et une expertise reconnue du Sud global

La candidature de l’ancien chef de l’État sénégalais ne part pas d’une feuille blanche ; elle s’appuie sur des atouts structurels et géopolitiques indéniables qui ont rythmé son intervention devant les États membres.

1. Un bilan diplomatique et un entregent international consolidés

Durant ses mandats à la tête du Sénégal et, surtout, sa présidence exercée à la tête de l’Union africaine (UA), Macky Sall s’est forgé une réputation d’interlocuteur pragmatique et écouté des grandes puissances. Il a été l’un des ardents promoteurs de l’intégration de l’Union africaine comme membre permanent au sein du G20, illustrant sa capacité à porter des réformes institutionnelles d’envergure. Son aisance dans les arcanes de la diplomatie économique et climatique en fait un VRP aguerri des intérêts des pays en développement.

2. Le portage d’un narratif axé sur la réparation et l’efficacité institutionnelle

Lors de son grand oral de quatre-vingt-dix minutes, l’ex-président a axé son argumentaire sur la nécessité viscérale de refonder le multilatéralisme. En plaidant pour une ONU plus transparente, moins bureaucratique et plus inclusive, il répond aux frustrations légitimes du Sud global face à des instances de décision jugées anachroniques, à l’instar du Conseil de sécurité. Sa promesse d’une organisation recentrée sur l’efficacité opérationnelle face aux crises sécuritaires et humanitaires résonne comme un plaidoyer pragmatique.

3. Le ralliement officiel de Dakar et l’onction régionale

Malgré des résistances et des processus de validation mouvementés au sein de l’appareil de l’Union africaine et de la scène politique locale, la décision récente du président Bassirou Diomaye Faye d’appuyer officiellement la candidature de son prédécesseur confère à cette démarche une assise institutionnelle nationale indispensable. Avoir l’aval de son pays d’origine renforce sa crédibilité formelle face aux autres candidats internationaux.

II. Les faiblesses et écueils : contestations internes et équilibres géopolitiques fragiles

En dépit de sérieux atouts, la trajectoire de Macky Sall vers le fauteuil onusien se heurte à des obstacles majeurs, tant sur le plan interne qu’au regard des équilibres diplomatiques mondiaux.

1. Le passif politique national et la contestation de la société civile

L’un des talons d’Achille de cette candidature réside dans la mémorisation des crises politiques traversées par le Sénégal entre 2021 et 2024. L’opposition de collectifs de victimes et de divers acteurs de la société civile, qui pointent du doigt les tensions institutionnelles et les répressions survenues sous son magistère, fragilise la posture morale que l’on est en droit d’attendre d’un potentiel garant universel des droits humains. Pour ses détracteurs, un dirigeant dont la fin de règne a été entachée de soubresauts démocratiques internes ne saurait incarner l’exemplarité éthique requise par la Charte des Nations unies.

2. Des fractures au sein même du continent africain

Si la diplomatie africaine affiche volontiers une volonté de solidarité, la candidature de Macky Sall a mis en lumière des lignes de fracture et des procédures de parrainage complexes au sein de l’Union africaine. Les réserves émises par plusieurs États membres lors des phases d’arbitrage témoignent d’une absence de consensus total, affaiblissant l’idée d’un front uni et inconditionnel du continent derrière son nom.

3. Le filtre impitoyable du Conseil de sécurité

Au bout du compte, l’accession au poste de Secrétaire général ne relève pas seulement de l’Assemblée générale, mais d’une alchimie géopolitique où les cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France) disposent d’un droit de veto décisif. Dans un échiquier international marqué par des rivalités Est-Ouest exacerbées, la capacité de Macky Sall à recueillir l’assentiment unanime ou, à tout le moins, l’absence d’opposition formelle de ces superpuissances demeure une inconnue hautement risquée. Ses prises de position passées et l’évolution des alliances diplomatiques de Dakar exigent un exercice d’équilibrisme diplomatique de haute volée.

Bilan prospectif

Le grand oral de Macky Sall a eu le mérite de poser les jalons programmatiques d’une ambition africaine pour la gouvernance mondiale. Néanmoins, entre la séduction d’un discours axé sur la réforme du multilatéralisme et la réalité des pesanteurs géopolitiques et contentieux internes, la route s’avère étroite. La réussite de cette entreprise dépendra de la capacité de l’ancien président à transcender son bilan national pour s’imposer, aux yeux des Cinq Grands, comme le compromis idéal capable de piloter une organisation en quête de souffle.

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