Mali : Choc, douleur et colère après l’embuscade meurtrière près d’Anéfis
L'attaque complexe menée conjointement par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) et les indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) contre un convoi de l'armée malienne quittant Anéfis pour Gao a plongé le pays dans une vive émotion. Avec un bilan provisoire faisant état d'au moins 50 militaires tués et de 24 prisonniers, cette embuscade s'inscrit comme l'un des revers les plus sanglants subis par les Forces armées maliennes (FAMa) depuis plusieurs années.

Par Samuel Bakayoko / Notre Correspondant régional à Abidjan (Côte d’ivoire)
Face à cette tragédie, les réactions au sein de la population et des cercles militaires traduisent un mélange de deuil, d’incompréhension et de contestation face à la gestion sécuritaire.
1. La détresse et la colère des familles de militaires
Au lendemain du drame, la douleur des proches des victimes s’est muée en exigence de vérité. Plusieurs familles, confrontées à la brutalité du bilan, expriment ouvertement leur désarroi.
« Mon mari a été tué […]. Il faut que le gouvernement nous dise la vérité. Il y a trop de morts », a témoigné l’épouse d’un soldat tombé lors de l’embuscade.
L’angoisse est d’autant plus vive que des informations, relayées par des sources sécuritaires, font état de soldats « purement exécutés » après l’attaque, accentuant le traumatisme des proches et ravivant les critiques sur la protection des troupes engagées sur les lignes de front du nord.
2. Questionnements et doutes au sein de l’institution militaire
En interne, le choc cède la place à l’analyse des défaillances tactiques. Des sources au sein de l’armée malienne reconnaissent la vulnérabilité manifeste du convoi et soulignent qu’une enquête interne a été ouverte pour comprendre comment un tel revers a pu se produire.
Un point particulier cristallise les interrogations : le rôle et la disposition des supplétifs russes de l’Africa Corps (ex-Wagner). Selon plusieurs témoignages locaux, ces derniers n’ont subi aucune perte et auraient atteint Gao avant l’embuscade, en raison d’une rupture de coordination avec le gros du convoi de l’armée malienne. Cette dissociation sur le terrain alimente les critiques quant à l’efficacité de la stratégie conjointe et la protection effective des troupes régulières maliennes.
3. Entre résilience patriotique et pression sur la transition
Dans les centres urbains et sur les réseaux sociaux, l’opinion publique oscille entre le soutien indéfectible aux forces armées — érigées en symboles de la souveraineté retrouvée par les autorités de transition — et une fatigue grandissante face à l’enlisement sécuritaire.
Si la communication officielle de l’État se veut mesurée, insistant sur la riposte en cours et la volonté de traquer les assaillants, l’accumulation de telles pertes dans le septentrion fragilise le narratif sécuritaire de la junte. L’alliance inédite entre les groupes jihadistes du JNIM et les forces indépendantistes du FLA démontre la persistance d’une menace hybride complexe, mettant à rude épreuve la doctrine militaire actuelle et interrogeant la capacité de l’État à sécuriser durablement les axes stratégiques du nord du pays.