RDC : face à la fronde de Kabila, Tshisekedi tente le forcing pour un troisième mandat
KINSHASA — Le Rubicon institutionnel est franchi en République démocratique du Congo. En adoptant de nouveau en seconde lecture la très controversée loi fixant les conditions d'organisation du référendum, l'Assemblée nationale a levé les derniers doutes sur les intentions présidentielles. À deux ans de l'échéance de son second et dernier mandat constitutionnel en 2028, Félix Tshisekedi pave méthodiquement la voie à son maintien au pouvoir, tandis qu'à l'Est du pays, son prédécesseur Joseph Kabila vient de basculer officiellement dans la lutte politico-militaire.

Par la rédaction de France-AfriqueMÉDIA
Le vote intervenu au palais du Peuple, marqué par le boycott des députés de l’opposition qui dénoncent un « passage en force », constitue l’acte majeur d’une séquence engagée en juin. Après un aller-retour devant la Cour constitutionnelle pour lever certaines réserves juridiques, la majorité présidentielle (Union sacrée) a validé un texte au périmètre redoutablement élargi.
La nouvelle mouture de la loi référendaire ne se contente plus d’organiser une simple révision technique : elle ouvre explicitement la possibilité de modifier toute disposition constitutionnelle — y compris les articles dits « verrouillés » (comme l’article 220 limitant le nombre et la durée des mandats présidentiels) — ou d’adopter purement et simplement une nouvelle Constitution. En faisant appel au « pouvoir constituant originaire » du peuple, le camp présidentiel s’offre l’outil juridique idéal pour remettre les compteurs à zéro et contourner l’interdiction d’un troisième mandat en 2028. Le texte n’attend plus qu’une ultime validation au Sénat avant sa promulgation par le chef de l’État.
De Goma, Joseph Kabila prend la tête de l’insurrection
Ce coup d’accélérateur législatif à Kinshasa intervient dans un climat de fracture nationale sans précédent. Il répond, presque coup pour coup, au basculement spectaculaire de l’ancien président Joseph Kabila dans la clandestinité armée. Condamné à mort par contumace par la justice militaire congolaise et visé par des sanctions américaines, l’ex-chef de l’État a brisé le silence depuis Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu passée sous le contrôle des rebelles de l’Alliance fleuve Congo (AFC/M23).
En annonçant la création et la prise de commandement du Front pour la refondation de la nation (FRN), une nouvelle coalition politico-militaire, Joseph Kabila a franchi le pas de la rébellion ouverte avec un objectif affiché : renverser le régime de Félix Tshisekedi. Dans une ironie mordante de l’histoire politique congolaise, celui à qui l’opposition d’hier prêtait la volonté de s’éterniser au pouvoir en 2016 se pose désormais en défenseur de l’ordre constitutionnel de 2006 face aux tentations « dictatoriales » de son successeur.
L’opposition civile prise en étau
Entre l’enclume du forcing parlementaire à Kinshasa et le marteau de l’insurrection armée à Goma, l’opposition non armée et la société civile tentent de maintenir un espace de contestation démocratique. La plateforme Coalition 64 (C64), soutenue en coulisses par les mises en garde des confessions religieuses (CENCO et ECC), appelle la population à la vigilance et à la mobilisation de rue pour barrer la route à un changement de République.
La stratégie du « stop and go » adoptée par Félix Tshisekedi ces derniers mois — alternant promesses de dialogue national et accélérations parlementaires — a toutefois permis au pouvoir d’imposer son tempo. En refusant catégoriquement d’inclure le camp Kabila et l’AFC/M23 dans d’éventuels pourparlers, tout en verrouillant l’appareil législatif et judiciaire dans la capitale, la présidence congolaise montre qu’elle a choisi l’épreuve de force sur les deux fronts : militaire à l’Est, et constitutionnel à Kinshasa.