RDC : Les raisons cachées et visibles de l’obstination de Félix Tshisekedi à changer la Constitution
L'intention du président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, de vouloir modifier ou remplacer la Loi fondamentale du 18 février 2006, suscite une vive crispation sur l'échiquier politique national. Alors que le pays fait face à des urgences sécuritaires et économiques majeures, cette volonté de réforme, portée avec insistance par le chef de l'État et son parti l'UDPS, cristallise les tensions.

Par Carine Vouemba / Correspondante de France-AfriqueMÉDIA à Kinshasa
Pour cerner les fondements de cette obstination, il convient d’analyser la dualité des arguments : d’un côté, les motivations institutionnelles et nationalistes officiellement invoquées par le pouvoir ; de l’autre, les calculs politiques et les craintes d’un glissement autoritaire dénoncés par l’opposition et la société civile.
Les arguments officiels sont la modernisation des institutions et la souveraineté du pays
Félix Tshisekedi a expliqué, lors de ses tournées en province et de ses messages à la nation, que la nécessité de repenser l’architecture constitutionnelle vient des failles structurelles.
L’efficacité de l’appareil étatique: Le camp présidentiel soutient que la Constitution actuelle, héritée de la transition de 2006, contiendrait des lourdeurs institutionnelles qui entravent la fluidité de l’action publique et ralentissent le développement socio-économique du pays.
La défense de la souveraineté (l’article 217) : L’un des angles d’attaque privilégiés par le chef de l’État vise l’article 217 de la Constitution. Ce texte dispose que la RDC « peut conclure des traités ou des accords d’association ou de communauté comportant un abandon partiel de souveraineté en vue de promouvoir l’unité africaine ». Pour Kinshasa, cette disposition est présentée comme une menace potentielle pour l’intégrité territoriale, un argument résonnant fortement dans un contexte de guerre larvée à l’Est et de tensions récurrentes avec les pays voisins.
Le contexte politique : le troisième mandat et le changement du pouvoir
Pour l’opposition politique, les mouvements citoyens (tels que la Lucha) et plusieurs analystes affirment que les motifs invoqués cachent à peine un agenda politique souterrain.
La question de la limitation des mandats : C’est le nerf de la guerre. L’article 220 de la Constitution protège la nature républicaine de l’État, le pluralisme politique et la limitation du nombre et de la durée des mandats présidentiels (fixés à deux) en interdisant toute révision à leur encontre. En optant pour un changement total de Constitution (et non une simple révision), le pouvoir s’ouvrirait une brèche juridique idéale pour remettre les compteurs électoraux à zéro, permettant à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat en 2028.
La tentation d’un pouvoir sans partage : Ses détracteurs, à l’instar de figures de l’opposition, estiment que cette réforme vise à façonner une structure institutionnelle sur mesure, affaiblissant les contre-pouvoirs et garantissant à la majorité présidentielle (l’Union sacrée) une emprise hégémonique sur les institutions de la République.
Un contexte explosif : entre l’insécurité à l’Est et les risques de « glissement »
L’obstination présidentielle rencontre un paradoxe difficile lié au contexte et à la constitution :
Le verrou de l’état de siège : La Constitution en vigueur interdit formellement toute modification de la Loi fondamentale lorsque le pays se trouve en état de guerre, d’urgence ou de siège — une réalité qui touche de plein fouet les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Pour contourner cet obstacle, le gouvernement est poussé à réévaluer ou lever ces mesures d’exception, malgré la persistance des violences sécuritaires.
La peur du « glissement » revient avec le débat constitutionnel, qui rappelle les traumatismes de la fin du règne de Joseph Kabila. L’opposition redoute que ce vaste projet institutionnel serve de prétexte pour perturber le calendrier électoral et déclencher un « glissement », prolongeant ainsi le mandat en cours sous le couvert d’une refondation de l’État.
En résumé, l’insistance de Félix Tshisekedi à modifier la loi suprême de la RDC, montre clairement un plan pour changer la répartition du pouvoir. Félix Tshisekedi voit dans la loi suprême une occasion importante d’adapter le pays aux réalités du monde et de se libérer de règles anciennes que la loi suprême rend obsolètes. Les opposants de Félix Tshisekedi dénoncent un risque de coup de force démocratique qui pourrait ignorer la limite des mandats. Dans un pays très instable, la loi suprême devient la principale poudrière politique du mandat de Félix Tshisekedi.