Sénégal : face au spectre d’une dissolution, Sonko lance un sérieux avertissement au président Faye
Dakar — La crise politique couve au sommet de l'État sénégalais. Lors d'un meeting sous haute tension tenu à Linguère le samedi 8 août, Ousmane Sonko, leader du Pastef et président de l'Assemblée nationale, a vivement réagi aux appels à la dissolution du Parlement. Désormais en rupture de ban avec le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, Sonko a prédit une défaite cuisante à son ancien allié si ce dernier venait à convoquer des élections anticipées.

Par la Rédaction de France-AfriqueMÉDIA
Le fossé s’est irrémédiablement creusé entre les deux figures de proue du Pastef. Alors que Bassirou Diomaye Faye occupe le fauteuil présidentiel depuis sa victoire à l’élection de 2024, Ousmane Sonko, qui a pris le contrôle de l’Assemblée nationale, se dresse aujourd’hui en principal opposant institutionnel. Une guerre de positionnement qui paralyse progressivement le fonctionnement de la République et ravive les rumeurs d’une dissolution imminente de l’hémicycle.
« Nous le battrons à plate couture »
Face à ses militants réunis à Linguère ce samedi 8 août, Ousmane Sonko n’a pas fait dans la dentelle. Répondant directement aux bruits de couloir suggérant que le chef de l’État s’apprêterait à dissoudre l’Assemblée pour retrouver une marge de manœuvre, le leader du Pastef a affiché une confiance inébranlable.
« S’il organise des élections locales, nous le battrons. S’il dissout l’Assemblée, là, ce sera pire pour lui. C’est d’ailleurs ce que nous préférons. « Parce que nous le battrons à plate couture », a-t-il clamé devant une foule acquise à sa cause.
Poussant la rhétorique encore plus loin, Sonko a suggéré qu’un revers électoral lors de législatives anticipées pourrait s’avérer fatal pour le mandat du président en exercice : « Après, je crains même qu’il ne jette l’éponge avant 2029 ». Malgré la virulence de ces attaques, il a tenu à appeler ses partisans à la « vigilance et à la retenue », les exhortant à ne pas céder aux éventuelles provocations.
La pression monte sur le Palais.
Cette passe d’armes intervient dans un climat où des voix s’élèvent pour exiger un dénouement rapide de cette crise institutionnelle. L’homme politique Talla Sylla a récemment adressé une lettre ouverte au président Bassirou Diomaye Faye, l’appelant à user de ses prérogatives constitutionnelles pour dissoudre le Parlement.
Pour ce dernier, la bataille d’ego entre le président de la République et celui de l’Assemblée nationale, dénature le mandat populaire et relègue au second plan les urgences vitales du pays.
« Il s’agit de trouver un emploi décent pour se nourrir, de pouvoir se vêtir, se loger dignement, se soigner, et de s’instruire davantage », a rappelé Talla Sylla, soulignant que les querelles politiciennes ne devaient pas primer sur les besoins fondamentaux des Sénégalais.

À ce stade, le président Bassirou Diomaye Faye n’a pas encore réagi officiellement à la sortie médiatique de son ancien mentor. Mais l’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée nationale semble de plus en plus envisagée comme l’unique porte de sortie pour clarifier une situation politique devenue intenable. Si le chef de l’État venait à franchir le Rubicon, le Sénégal s’engagerait alors dans une campagne électorale anticipée qui s’annonce d’ores et déjà d’une âpreté sans précédent.