Politique

Tchad : Succès Masra vers une grâce présidentielle après des tractations secrètes ?

En août 2025, l''ancien Premier ministre et figure de proue de l'opposition tchadienne, Succès Masra, voit son avenir politique assombri par une lourde condamnation judiciaire. Alors que ses partisans multiplient les appels à l'amnistie, l'hypothèse d'une grâce présidentielle prend de l'ampleur. S'achemine-t-on vers un nouvel accord politique négocié dans l'ombre ? Analyse.

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Par Patrick Guitter / rédaction France-AfriqueMÉDIA

La situation pénale du leader du parti Les Transformateurs est aujourd’hui fixée. En mai 2026, la Chambre judiciaire de la Cour suprême tchadienne a irrévocablement confirmé sa condamnation à 20 ans de prison. Cette décision judiciaire écarte de facto Succès Masra du jeu politique officiel et cristallise les tensions avec le pouvoir du président Mahamat Idriss Déby Itno.

Pour ses partisans et ses avocats, ce dossier, qu’ils estiment monté de toutes pièces, n’a qu’un seul objectif : neutraliser un adversaire politique redouté. Dès lors, la bataille a quitté le strict terrain judiciaire pour se déplacer sur le champ politique et diplomatique.

La grâce présidentielle comme unique planche de salut ?

Face à cette impasse légale, la société civile et les formations d’opposition se mobilisent. La Coalition des organisations de la société civile pour l’action citoyenne et le développement du Tchad (COSADT) ainsi que d’autres regroupements politiques ont récemment exigé une grâce présidentielle pour Succès Masra.

Le parti Les Transformateurs plaide également pour une loi d’amnistie générale qui concernerait son leader ainsi que d’autres prisonniers politiques issus du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP). Pour ces acteurs, le recours au droit de grâce du chef de l’État apparaît désormais comme le moyen le plus réaliste – et peut-être le seul – de faire libérer l’ancien Premier ministre. À ce stade, les autorités de N’Djamena n’ont apporté aucune réponse officielle à ces requêtes.

L’ombre des négociations secrètes

Ce silence officiel de la présidence tchadienne alimente logiquement les spéculations autour de probables négociations secrètes. Dans l’histoire politique récente du Tchad, les crises impliquant des figures de l’opposition se dénouent souvent en coulisses, loin des prétoires.

Il faut d’ailleurs rappeler que le retour d’exil de Succès Masra en novembre 2023 avait été rendu possible par des tractations très discrètes : le fameux « Accord de Kinshasa », conclu sous l’égide du président congolais Félix Tshisekedi. Cet accord politique avait temporairement pacifié les relations entre Masra et le régime de transition, le menant même à la Primature.

Aujourd’hui, alors que les partenaires internationaux du Tchad redoutent une nouvelle escalade des tensions dans un contexte régional inflammable, il est fort probable que des canaux de discussion parallèles soient activés. Une grâce présidentielle ou une amnistie n’interviendrait alors que comme l’aboutissement officiel de garanties mutuelles négociées dans le plus strict secret.

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